Yuima Nakazato « Il n’y a jamais eu de mode en Haute-couture »

Le luxe du futur ? Un vêtement en constante adaptation

in brief

Un titre séduisant, une théorie percutante, mais sans doute fausse. Tout du moins pas totalement vraie : tout dépend de la manière dont la définition du terme mode est posée. En prenant l’axe de la temporalité qui définit la mode /fashion en tant que changement dans sa dimension industrielle, la Haute-couture semble être une terre étrangère. Historiquement et culturellement cette dernière doit remplir l’idéal d’une production ou les vêtements sont des pièces uniques, rares -l’inverse d’industrielle, le tout emballé dans l’idéal du « savoir-faire » qui impose l’idée du temps.

Durant la dernière semaine de la haute-couture, Yuima Nakazato présentait sa « nouvelle » collection –Birth où la question de la temporalité du vêtement était centrale. Que ce soit le temps d’élaboration, de production ou le temps de durée de vie du vêtement. Un dernier point essentiel alors que le thème de la « sustainability » a rattrapé tous les domaines de nos vies. La survie de la Haute Couture ? Des vêtements modulables et fabriqués à l’aide de nouvelles technologies. « Des vêtements uniques, capables d’être différents » comme nous l’explique en coulisses le créateur. Mais surtout des vêtements qui dépeignent de manière claire et lumineuse, la forme futur de ce qu’on appellera Haute Couture. Car il s’agit ici d’une « naissance » ; comme l’indique le titre du défilé.

 

En fond de l’Université Descartes où se déroulait le défilé, une pluie d’or symbolisait cette « nouvelle » naissance qu’il incombe de définir. Mais est-ce réellement une nouvelle naissance ? L’installation du Studio Eugène qui composait le paysage du défilé se posait comme un indice pour tenter de répondre. Cette fine pluie de particules d’or rappelle que le luxe est souvent associé à sa surface brillante, et que le reste de ces valeurs demeurent souvent dans l’ombre. Au-delà de la brillance, le luxe se dit comme une œuvre d’art, où chaque membre de l’équipe collabore : les artistes du Studio Eugène et les artistes/scientifiques de Spiber se mêlent comme les particules qui composent les gouttes d’or. Yuima Nakazato évoque «  un grand respect mutuel » qui est la condition pour travailler autour de ce thème commun – « La création de la terre », alors même que les particules fine de C02 atteignaient leur pic dans la capitale. Ainsi respect, et connaissance des images qui composent notre musée mémoriel de la Haute Couture sont indispensables pour travailler le futur. La pluie d’or lave le parvis de l’Université.

« Le véritable « développement durable » c’est toute la question à laquelle nous nous devons de répondre. Yuima Nakazato est une marque, une collaboration qui vise à imaginer à quoi peu ressembler une « mode durable », nous confie le créateur en coulisses. Mode et durable : un oxymore ? «  Il faut combiner deux concepts : « unique » et « différent » . Soit créer un vêtement unique, qui puisse se métamorphoser. Cela est possible en explorant les innovations techniques. Ici grâce au « système de production TYPE-1 nous avons développé des vêtements qui peuvent s’adapter aux courbes du corps, au lifestyle… Longtemps, l’idée dans la mode était de fabriquer un design pour l’ensemble des clients, mais cela ne convient pas. Chaque personne est unique. De plus chaque personne change. Le but de la Haute Couture aujourd’hui est de comprendre ces identités particulières. La véritable inculsivité, celle du futur, naîtra si chacun est libre de réparer, personnaliser ses vêtements. Le luxe ? Constamment adapter le vêtement à ce qu’on est. De plus cela permet de garder le vêtement- soit de changer notre rapport à la consommation et par ce biais changer les vitesses qui régulent le monde de la mode . »

Comment écrire l’histoire de la haute Couture à venir ? Chez Yuima Nakazato il s’agit de prendre en compte à la fois ses dimensions historiques (son passé), l’importance d’une esthétique encline au rêve, et la qualité des matières, leur capacité à subsister. En somme une œuvre qui pour durer, doit être composée de matériaux d’une qualité des plus hautes et d’une esthétique capable de se métamorphoser – car à la temporalité des goûts et des objets ne survivent pas. Pour ne jamais lasser, et respecter des cycles de vie plus lents, la mutation est au cœur de ce luxe. Combinaison d’une éthique morale et d’une esthétique : le luxe est un rêve, mais aussi une pratique. Alors chez Yuima Nakazato, l’esthétique du défilé, le choix du lieu, comme sa mise en scène transportent hors du monde, tout en proposant des vêtements possédant des fonctions qui répondent à nos usages pratiques et quotidiens.

Image: imaxtree

Alors la Haute Couture, comme tout domaine de la société est obligée de répondre à l’idée de mode – à l’idée de changement. Hissée en haut dans la pyramide du rêve, elle doit devenir un indicateur, un rôle-modèle qui inspirera « la mode », et le système du prêt-à-porter de demain. C’est d’ici que découle le changement et « l’écriture d’un nouveau futur, un futur pour le long terme » comme conclut Yuima Nakazato.

Subscribe
There's always more to discover. Subscribe to our newsletter to explore the unfound.