SXSW Live | La biofabrication à la rescousse de la mode ?

Une conversation inspirante autour des solutions de bio-ingénierie pour un futur de la mode plus durable

in brief

Dans le cadre de notre séjour à SxSW à Austin, nous avons assisté à la table ronde autour de la bio-ingénierie avec Bolt Threads, Modern Meadow et la Fondation H&M. Une discussion inspirante sur l’état actuel de la recherche et des startups autour d’un avenir plus durable de la mode à travers les biotechnologies.

Modéré par Rachel Arthur, la table ronde rassemblait les pionners de la biofabrication, avec le co-fondateur de la startup Bolt Threads, Dan Widmeier ; Suzanne Lee, Directrice Créative de la startup Modern Meadow, et la Foundation H&M, représentée par son Innovation Lead, Erik Bang.

Ouvrant la discussion, Arthur a comparé l’impact de la mode bioingénierie à celui de l’arrivée du premier iPhone en son temps (2007).

Bolt Threads est l’une des quelques startups à travailler sur le sujet de la soie synthétique d’araignée. Ils ont récemment dévoilé un bonnet composé à 60% de cette soie, et lancé l’an dernier une cravate réalisée intégralement avec leur technologie. La firme a par ailleurs collaboré avec Stella McCartney, sur une robe exposée au MoMA. Cela étant, ce partenariat va plus loin que cette simple collaboration selon Widmeier, qui a laissé entendre que l’objet de ce partenariat est plutôt une exploration à long terme.

Abordant le sujet des barrières rencontrées, Widmeier nous a rappelé que cette technologie en est encore à ses débuts, il n’est donc pas aisé d’avancer, et beaucoup de difficultés sont rencontrées à mesure que les recherches de la startup avancent. C’est un processus de test & learn, et le plus gros challenge reste celui de la scalabilité. Ainsi, il a ajouté l’importance des investissements, puisque de telles recherches sont extrêmement coûteuses. Pour autant, l’urgence est là.

« Il va devenir de plus en plus compliqué de se reposer sur les ressources naturelles, le besoin est donc urgent de trouver des alternatives. Par ailleurs, il y a un gros sujet sur de l’éducation du consommateur autour de ces possibilités. » Dan Widmeier, co-fondateur de la startup Bolt Threads

Mais comment, au juste, fabriquent-ils leur soie synthétique d’araignée en laboratoire ? Bolt Threads travaille au niveau de la protéine de soie. Il existe 7 différentes sortes de soie d’araignée selon Widmeier, dont les propriétés sont différentes (robustesse, douceur, etc.). Bolt Threads travaille sur le sujet à travers un processus évolutif, nous précise-t-il.

« Nous allons continuer à nous concentrer sur nos recherches, et partager ce savoir avec les consommateurs, car ce sont eux qui, au final, mettront la pression, quelque soit le canal à travers ils le feront. » a-t-il conclut.

Suzanne Lee, Directrice Créative de la startup Modern Meadow, portant le dernier prototype de cuir cultivé en laboratoire, à la sortie de la table ronde, SXSW.

Pour l’occasion, Lee arborait le prototype de robe à motifs en cuir cultivé en laboratoire. Elle nous a expliqué comment elle et son équipe s’inspiraient de la nature, plutôt que la copier simplement. La firme crée des matériaux et des produits finis from scratch. Lee, pionnière en la matière, qui a précédemment fondé son propre lab, BioCouture, pense que la bio fabrication (l’impression 3D de tissus animaux, qui existe d’ailleurs sur les tissus humains) est une solution intéressante pour cultiver des alternatives au cuir traditionnel, souvent critiqué pour la cruauté qu’il implique envers les animaux.

Cela étant, la bio fabrication reste un sujet naissant. Comme Lee le mentionne,

« Nous sommes trop impatients aujourd’hui, pour autant, cette technologie n’est pas de la science fiction : nous avons atteint un point de basculement où c’est tout à fait envisageable et applicable, et l’industrie s’y intéresse. »

Au sujet des barrières rencontrées, Lee nous a expliqué que la startup travaille au niveau de l’ADN, cherchant à rendre cette innovation accessible. C’est une bonne chose selon elle, que les coûts aient baissé de manière significante. La firme a récemment annoncé un partenariat avec Evonik, qui aidera la startup à « scaler » la technologie commercialement.

Alors que la conversation se poursuivit, Lee nous rappelle qu’il est clé d’intégrer l’industrie au tout début du processus, mais c’est aussi compliqué : d’où la nécessité de certification.

« Les barrières entre les créateurs et les scientifiques doivent être abattues, on doit tous parler le même langage et améliorer la compréhension entre les deux mondes. Il faut casser cette tension au plus vite. » poursuit Lee.

Mais alors, comment les équipes Modern Meadow cultivent-t-elles du cuir ? Lee nous expliquent qu’ils travaillent à produire des protéines de collagène, qu’ils améliorent, purifient et assemblent. Au début du processus, précise Lee, les protéines sont à l’état liquide. Ce qui lui inspire de nouvelles façons d’approcher ce matériau, la forme même du cuir, plutôt que d’immédiatement reproduire des feuilles de cuir, comme pour sa version animale.  Nous pourrions, selon elle, l’utiliser sous forme de spray, ou encore comme de la peinture… Une meilleure option selon elle, qui va bien au-delà de sa simple production. Et si le cuir lui-même était le produit ? Lee conclut sur l’importance du feedback consommateur, pour que l’industrie de la mode finisse par adopter une telle technologie. Ainsi, selon elle, le futur de la bio fabrication repose sur l’intégration des besoins consommateurs dans le processus, ainsi qu’au storytelling autour du matériau et de ses possibilités. Il est nécessaire de pousser les marques à repenser les matériaux qu’elles utilisent, ce qui va bien au-delà de la poussée scientifique, qui selon Lee, aura un réel impact d’ici une dizaine d’années.

Les votes pour la campagne 2018 des H&M Global Change Awards sont ouverts !

Finalement, Erik Bang, Lead Innovation à la Fondation H&M, nous a expliqué comment la fondation travaille à améliorer les conditions de travail au niveau global, et à aider l’industrie à devenir circulaire. C’est une entité séparée du reste du groupe H&M précise-t-il, ce qui lui donne beaucoup de marge quant aux possibilités d’action pour arriver à répondre à ces enjeux. Il poursuivit en nous rappelant le besoin urgent de repenser notre manière de faire des vêtements : d’ici 2030, les Nations Unies prévoient que la classe moyenne sera composée de 5 milliards de personnes ! Mais le système tel qu’il est aujourd’hui, a-t-il pointé, ne sera pas en mesure de répondre à leurs besoins.

Il poursuivit avec l’une des initiatives de la fondation, les H&M Global Change Awards, qui ont reçu plus de 8000 candidatures. Bang explique ainsi le besoin de changement par l’innovation. La chaîne de valeur, les ressources, et la façon dont nous produisons et consommons nos vêtements de façon linéaire n’est pas la bonne. Mais heureusement, la science est une manière très inspirante d’amener le changement. Bang voit l’innovation à travers la chaîne de valeur (des nouveaux matériau aux nouveaux processus, etc.) et mentionne quelques exemples d’innovations importantes à ce sujet : comme les fibres Tencel (du fabricant autrichien Lenzing), ou encore la startup italienne Orange Fiber (qui a notamment collaboré avec Ferragamo sur une collection capsule réalisée à partir de déchets d’orange transformés en tissus proche de la soie).

Bang a également mentionné un cuir bio-fabriqué à partir de marc de vin, par Rosa Rosella Longobardo et son équipe, qui ont remporté une subvention de 300K € dans le cadre des nominés des Global Change Awards l’an dernier. Une telle subvention est la clé pour que les startups puissent développer leur technologie, car ils cherchent à « scaler ». Avec un tel exemple, Bang veut souligner que ces acteurs viennent de l’extérieur de l’industrie (et ont donc besoin de la comprendre), mais qu’en même temps, l’industrie elle-même ne fait pas de R & D, et il est donc nécessaire d’éduquer les marques et les fournisseurs sur ces opportunités. Bang a expliqué comment aujourd’hui, il y a un choc culturel. Il faudrait aller plus loin, car la capacité d’investir massivement une fois les innovations prêtes est clé. Il mentionne le programme accélérateur de la fondation pour faciliter les choses pour les entreprises innovantes et l’interaction entre l’industrie et les scientifiques, qui viennent de mondes très différents. Pourtant, il y a un réel besoin que cette conversation se produise et construise une meilleure compréhension entre ces mondes.

Il s’agit de l’industrie dans son ensemble, l’ensemble du système est nécessaire pour soutenir ce genre d’innovations qui peuvent aider à repenser l’ensemble de l’industrie.

Bang a conclu avec l’exemple de la Suède, où le gaspillage est un problème municipal : on est obligé de jouer avec la bureaucratie pour le faire fonctionner, ce qui ralentit les choses. La durabilité doit être intégrée dans le système. Enfin, a-t-il dit, « nous devons accepter que les solutions parfaites soient à 1 ou 2 générations ».

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