Premiere Vision Wearable Lab : l’innovation au coeur de la mode

Mode & innovation : de quoi parle-t-on ?

in brief

A l’occasion de la prochaine édition du salon Première Vision, le Wearable Lab (l’espace dédié à l’innovation) étoffe son offre, avec le lancement d’un espace dédié aux startups de la mode, une exposition autour de l’univers créatif de la créatrice Clara Daguin et un cycle de conférences autour des innovations transformant l’industrie de la mode.

L’intrusion de la technologie dans l’univers de la mode n’en finit pas de bousculer les codes et les pratiques, ces dernières années a émergé le concept, encore flou, de la fashiontech. A mesure que la technologie s’immisce dans nos vies professionnelles,  nombre d’entre-nous sommes tentés d’ajouter la particule « tech » au nom de notre industrie (food tech, auto tech, sex tech…). Pour autant, nous ne pouvons affirmer que de nouvelles industries émergent. La réalité étant composée de différentes industries tentant de se rassembler, et peinant encore à parler le même langage. Ce sont ces rapprochements que nous entendons explorer aujourd’hui, en tentant d’y apporter du sens et en prenant le temps de la réflexion.

Qu’entend-on par mode & innovation ?

Afin de définir ce mouvement, nous nous sommes attelés à cartographier les différentes intersections entre la chaîne de valeur de la mode (de la création à l’après-vente), et les 8 innovations majeures transformant notre monde : l’intelligence artificielle, les big data, la blockchain, les technologies immersives, le développement de nouveaux matériaux, la fabrication additive, l’Internet des objets ou encore la robotique.

Comme on peut le voir ci-dessous, ces interactions sont nombreuses et complexes. Pour y voir plus clair, nous avons sélectionné les exemples les plus parlants des évolutions amenées par ces innovations.

Marketing & analyse marché : intelligence artificielle, internet des objets et big data

Premier maillon de la chaîne de valeur, l’analyse marché se voit augmentée par l’Internet des objets, les big data et l’intelligence artificielle. Prenez Amazon Echo Look, le device « assistant styliste » du géant Internet : doté de l’intelligence artificielle « Alexa », il vous conseille sur vos choix vestimentaires du quotidien. A travers votre utilisation, l’appareil remonte quantité de données aux équipes Amazon, qui à leur tour, seront plus à même de comprendre vos goûts, et ainsi créer les vêtements que vous aurez envie d’acheter. En effet, Amazon dispose aujourd’hui de huit marques propres, vendues sur son site.

Création : nouveaux matériaux, intelligence artificielle, impression 3D et technologies immersives

La création, maillon clé de la chaîne de valeur, est hissée à son plus haut niveau dans le domaine de la mode. Berceau du rêve, elle en est le fer de lance, et lui confère son aura si fascinante. Que peut apporter l’innovation à cette étape sacrée ? Doit-elle être considérée comme dangereuse ? De nombreuses questions se posent autour du sujet, car, en effet, des technologies comme l’intelligence artificielle remettent en question le pouvoir créatif du designer humain. Quelles sont donc les innovations applicables à la création ?

Intelligence artificielle & création : le cas IBM + Tommy Hilfiger + Fashion Institute of Technology

IBM Watson a récemment collaboré avec Tommy Hilfiger et le Fashion Institute of Technology sur le projet « Reimagine Retail », en vue d’expérimenter les possibilités offertes par l’intelligence artificielle dans la phase de création.

A travers l’utilisation d’outils de vision par ordinateur, de compréhension du language naturel et au deep learning ; le trio a ainsi voulu démontrer comment les capacités de l’intelligence artificielle pourraient permettre d’apporter plus d’agilité au métier de créateur de mode (des outils également applicables aux métiers de la distribution : les insights récoltés permettant une meilleure anticipation de la demande pour un produit donné, permettant ainsi d’opérer une personnalisation de l’offre à échelle locale, voir hyper-locale).

La pièce maîtresse de cette collection expérimentale ? Une veste en tartan, conçue par Grace McCarthy, étudiante de dernière année au FIT, conçue avec de la fibre innovante capable de changer de couleur en fonction des analyses vocales et du flux d’actualités de son porteur (grâce à l’outil Tone Analyzer de Watson, qui analyse et réagit en quasi-temps réel aux sentiments exprimés par un individu sur ses comptes à travers ses différents réseaux sociaux).

Nouveaux matériaux

Les progrès réalisés dans le développement de nouveaux matériaux font avancer à grande vitesse notre imagination : avec des matériaux facilitant l’intégration d’électronique dans les vêtements, ou encore des matériaux durables produits à partir de déchets, on imagine dans un futur proche, disposer de vêtements augmentés, durables et fonctionnels.

Prenons l’exemple de Kyorene, le premier acteur à développer, fabriquer et vendre une gamme de fibres mélangées à l’oxyde de graphène et de fils pour une variété d’applications textiles industrielles et de consommation. Ces fibres et fils intègrent des effets anti-bactériens et anti-odorants, une protection UV, des propriétés inhérentes aux infrarouge et à la dissipation thermique pour la régulation de la température corporelle, une fonction anti-insectes ainsi qu’une bonne stabilité mécanique et une résistance à de nombreux lavages.

Autre exemple, celui de la startup italienne Orange Fiber : après avoir récolté des peaux d’oranges issues de sites de production de jus, la startup les transforme en fils de cellulose – ressemblant à de la soie – ensuite tissés pour le marché du luxe. La startup a récemment fait parler d’elle à travers une collection capsule pour la marque italienne Salvatore Ferragamo.

Impression 3D

The Foliage Dress was 3D printed thanks to the PolyJet printing technique. Credit: Iris van Herpen “LUDI NATURAE” runway Couture Show, backstage photo Noémie Balmat.

L’impression 3D est une technologie qui fait de plus en plus parler d’elle grâce aux impressionnantes possibilités qu’elle crée pour de nombreuses industries. Dans le monde de la mode, par exemple, elle permet de créer des structures innovantes, à l’image des créations spectaculaires de la créatrice Iris van Herpen.

Technologies immersives

Les technologies immersives, dont la réalité virtuelle (VR) et la réalité augmentée (AR), offrent de nouvelles possibilités pour la création. L’application de design en réalité virtuelle Tilt Brush de Google, par exemple, permet de s’immerger dans un univers virtuel pour dessiner en 3 dimensions. A terme, on imagine que ce genre de technologies puissent être connectés aux outils hard et software de type Lectra et ainsi fluidifier le processus de création de mode.

Prototypage & production : nouveaux matériaux, impression 3D, Internet des objets, robotique, big data, blockchain

Durant ces étapes clés du processus, l’utilisation d’innovations comme l’impression 3D ou la robotique peut permettre de gagner du temps mais aussi de réduire les coûts. La firme Sotfwear, par exemple, propose des solutions d’automatisation des chaînes de production, où des pièces basiques – comme des t-shirts – peuvent être produites sans intervention de la main de l’Homme. Autre exemple, avec la startup française star Euveka, lauréate du Prix Innovation de l’ANDAM l’an dernier, s’attaque à la problématique du sizing dans la confection, à travers un mannequin connecté qui offre une reproduction exacte de la morphologie souhaitée, avec système de mesures et détection du bien aller grâce à des capteurs. De quoi dépoussiérer les traditionnels mannequins de confection, et adapter facilement son outil de moulage aux changements de morphologie de clientes couture mais pas seulement : le mannequin est également utilisable dans le prêt-à-porter, où il permet de remettre à jour les tailles « standard ».

En outre, l’utilisation d’une technologie comme la blockchain (voir définition ici) pourrait permettre de donner une véritable transparence à la chaîne d’approvisionnement de la mode. Ainsi, une startup comme Verisum propose aux marques de luxe d’intégrer une puce NFC dans ses produits, pour mieux lutter contre la contrefaçon. Ainsi enregistrés dans la Blockchain, l’authenticité de ces produits est facilement vérifiable via une application mobile.

Autre exemple, celui de Provenance qui propose aux marques une plateforme pour raconter le parcours du vêtement, de la fibre au magasin. Elle a notamment collaboré avec la jeune créatrice Martine Jarlgaard sur des vêtements en laine Alpaga sourcée au Royaume Uni. De la fibre, issue de la ferme British Alpaca Fashion farm au tricotage dans l’atelier Knister LDN en passant par  l’usine de filage Two Rivers Mills, l’application Provenance permettait de suivre le parcours de ces vêtements jusqu’au studio londonien de la créatrice.

Enfin, Dienpi et son projet smart label permettent la traçabilité des produits sur une simple application iPhone.

Logistique : Internet des objets, robotique, intelligence artificielle, big data, blockchain et technologies immersives

La logistique est un des maillons de la chaîne les plus à même d’être transformés par les innovations : prenons l’exemple d’Amazon. La firme a investi des sommes colossales dans le développement de robotique autonome, en vue d’automatiser l’ensemble de ses entrepôts. Fondée en 2003, Amazon Robotics est la plus grande entité du groupe en termes de recherche et développement. Elle a été créée en vue de s’adapter à la demande e-commerce en constante évolution.

De plus en plus utilisés, les devices immersifs sont également en train de transformer la logistique. La firme Streye Logistic propose par exemple d’utiliser les Google Glass pour une meilleure gestion des entrepôts de stockage.

Communication : nouveaux matériaux, Internet des objets, intelligence artificielle, big data, blockchain et technologies immersives

La communication (toutes industries confondues) fut l’un des premiers domaines à être transformés par l’arrivée d’Internet et plus tard des réseaux sociaux. C’est ainsi que le digital a commencé à chambouler la mode. Aujourd’hui, c’est l’uns des domaines où l’innovation est la plus attendue et observée. En témoignent les nombreux projets intégrant des nouvelles technologies ces dernières années.

Parmi celles les plus utilisées, on retrouve les technologies immersives et plus particulièrement la réalité virtuelle. Ainsi, des créateurs comme Tommy Hilfiger en ont fait l’essai, dès 2015, pour permettre aux visiteurs de leurs magasins de découvrir le dernier défilé de la marque. Autre exemple, cette fois-ci pour les parfums Only The Brave de Diesel, la marque a développé, en collaboration avec le studio Backlight, une expérience retail en réalité virtuelle, où l’on doit attraper un parfum au bord d’une fenêtre en haut d’un gratte-ciel new-yorkais. Une expérience qui donne méchamment le vertige !

D’autres technologies comme l’intelligence artificielle sont également beaucoup utilisées, notamment à travers les fameux chatbots. Contraction de chat (discussion instantanée) et de robot, ce sont des robots conversationnels automatisés. Le plus connu, Jam, fonctionnait à la base à travers les SMS, et désormais via Messenger (Facebook). Il permet aux étudiants d’obtenir de façon simple et rapide la réponse à leurs questions. Côté mode, on retrouve Hello Alix, un chatbot dédié à la mode masculine, qui aide les hommes à trouver les vêtements qu’ils recherchent.

Retail : impression 3D, Internet des objets, robotique, intelligence artificielle, big data, blockchain et technologies immersives

Alors que les magasins traditionnels souffrent de plus en plus de la concurrence du e-commerce, l’innovation pourrait être une solution pour redonner envie aux consommateurs de se déplacer. Relais d’une expérience client augmentée, les nouvelles technologies sont ardemment observées par les retailers, en témoignent les innombrables articles sur le sujet que l’on peut trouver en ligne, ou encore les nombreux « store of the future«  lancés ces dernières années.

Parmi les exemples les plus pertinents, on retrouve la startup Endeer, qui propose aux femmes de scanner leur poitrine pour imprimer en 3D une armature sur-mesure à insérer dans leur soutien-gorge, pour un fitting optimal.

Après-vente : Internet des objets, robotique, intelligence artificielle, big data, et technologies immersives

Enfin, l’après-vente peut lui aussi être amélioré par l’usage des technologies. Ainsi, l’Internet des objets voire plus précisément l’Internet des vêtements (avec l’insertion de puces RFID, par exemple, pour le suivi de ces vêtements) permet d’assurer un meilleur suivi et d’améliorer les services autour de l’après-vente. Encore prospectif, cet usage n’est qu’un exemple de ce qu’il sera possible de réaliser grâce aux innovations ci-dessus.


Curieux d’en découvrir plus sur le sujet ? Rendez-vous sur l’espace Wearable Lab du salon Première Vision, du 13 au 15 février prochain à Villepinte.

Subscribe
There's always more to discover. Subscribe to our newsletter to explore the unfound.