Lâchez vos téléphones, il est temps de regarder le défilé

La Semaine de l'Homme vue par Manon Renault

temps de lecture: 3 mn
in brief

Manon Renault, journaliste et sociologue indépendante, revient pour Futur404 sur la semaine de l’Homme, à travers une série d’analyse sans langue de bois.

Lâchez vos téléphones, les lumières sont sombres, vos mains gelées, et il est temps de regarder le défilé ! Un message qui semble avoir atteint son climax lors de la présentation de Glenn Marteens pour Y/Project pendant le Pitti Uomo. Dans la nuit, les flashs sont interdits. Chez Hed Mayner, les couloirs n’offrent pas suffisamment de recul pour instagrammer les modèles, tandis que les mains d’argent des mannequins de Sankuanz deviennent la métaphore d’une impossibilité de se contenter du tactile. Olivier Saillard met fourchettes, couteaux et vins entre les mains d’invités qui, bien attablés, écoutent aléatoirement une présentation/performance. De Kim Kardashian à Lacan, Olivier Saillard présente les chaussures J.M. Weston dans un moment hors réseaux sociaux. Le réseau in vivo de la mode est présent pour assister à un spectacle miroir de notre propre condition :  que dévoile t-on réellement de nous sur les réseaux sociaux ? Confessions publiques ou mises en scènes de l’intime ingénieusement calculée ? Olivier Saillard offre un récit parsemé de bribes de vies, celles des chaussures, d’artistes, et la sienne dans des rythmes d’influence Gainsbourg. Si Saillard montre que les cases et les structures ne lui vont pas, il se soumet avec brio à l’exercice de la présentation qui se transforme en exercice de style. Qui trouvera un hashtag à la hauteur pour un post ?

Éléments de styles

Cuir, nylon vinyle et jambière : le retour du fétichisme ?

Entre la rigidité du cuir, le jean brut et le plastique qui colle à la peau, les styles vestimentaires de cette première journée peuvent être lus comme les corollaires de styles empruntés par les sub-cultures sexuelles qui détournent les paradigmes de la virilité. Tous les stéréotypes culturels font parties du show : le cow-boy, le jeune explorateur, ou le serveur à quatre pattes sous la table chez J.M. Weston par Olivier Saillard. Dans ce récit, Héron Preston est le jeune premier fétichisé. S’il détourne les angoisses sécuritaires des grands voyageurs dans une grammaire qui mêle cuir et vêtements utilitaires, il ne le fait pas en présence de n’importe qui.  Virgil Abloh et Marcelo Burlan sont au premier rang. Information largement relayée. Preuve que la présence d’Abloh devient en soi un événement médiatique qui valide la légitimité d’un défilé et permet de projeter des fantasmes stylistiques sur la figure du jeune premier et détourne l’attention du vêtement.

Jacquard, et pied de poules : fin du vintage ?

Face à l’idéalisation des images de la masculinité, vient la destruction in vivo de ses attributs bourgeois, redécouvert sous l’étiquette « vintage ». Les pulls jacquard et pieds de poule sont en lambeaux chez CMMN SWDN, les trench et Duffle Coat troués chez Sankuanz. Le vêtement usé est le support d’un discours de révolte, et ce bien avant Cobain et le Grunge (Dick Hebdiges dans le sens du style apporte une archéologie indispensable sur la question). Martin Margiela l’institutionnalise au début des années 1980. À partir de cette date une mode dite post-moderne se fait la fable d’un monde ou la conception platonicienne du beau n’est plus le vecteur des illusions et des attentes.

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