ITW | Rem D. Koolhaas

Son approche singulière de la chaussure pour ISSEY MIYAKE SS17

Fin septembre dernier, alors que la PFW battait son plein, Yoshiyuki Miyamae a présenté la collection printemps-été 2017 de la maison ISSEY MIYAKE, baptisée « Microcosme ». Directement inspiré de la nature, ce défilé nous comptait la rencontre entre une vision conceptualisée de la mode et la technologie. Dans cette seconde interview, le créateur Rem D. Koolhaas nous dévoile les coulisses de cette collaboration, sa passion pour les collaborations avec une authentique raison d’être ainsi que ses plans d’avenir pour sa marque, United Nude.


interview

La collab ISSEY MIYAKE x United Nude. Crédit image : ISSEY MIYAKE.

La collab ISSEY MIYAKE x United Nude. Crédit image : ISSEY MIYAKE.

Allan JOSEPH : Pouvez-vous nous dire comment vous en êtes arrivé à collaborer avec ISSEY MIYAKE sur cette collection ? Quels ont été les motivation et le parti pris qui ont servi de base au développement de ce modèle ? Le process de création était-il différent de celui auquel vous êtes habitué ?

Rem D. Koolhaas : « Pour cette collection, nous avons d’abord conçu les chaussures par ordinateur à l’aide d’un logiciel de conception en 3D, puis avons ensuite utilisé l’impression 3D pour obtenir des prototypes, cependant, le modèle final a été conçu à partir du bois, car nous désirions créer des souliers à la fois purs et minimalistes. Nous avions commencé à collaborer avec ISSEY MIYAKE sur d’autres collections et à un moment ils ont également eu besoins de souliers pour le défilé. J’ai été très honoré qu’il m’accordent leur confiance. Nous venions à peine de commencer à travailler ensemble et il nous restait peu de temps. La marqué désirait quelque chose qui se rapprochait de nos créations habituels, mais dans une forme plus portable, plus adapté à la vie de tous les jours. L’objectif final était de créer des souliers pures et emblématiques.

A.J. : Pouvons-nous en savoir plus sur votre marque ainsi que sur l’histoire derrière cette collaboration ? Qu’est-ce qui vous a poussé, en particulier, à accepter de travailler avec ISSEY MIYAKE ?

Rem : « United Nude est réputée pour concevoir des chaussures aux inspirations architecturales. Nous avons par le passé déjà collaboré avec de nombreux designers de renom dont Iris Van Herpen (avec qui nous avons travaillé durant 9 saisons) mais aussi des architectes comme Zaha Hadid (avec qui nous avons créé 2 paires de souliers). Nous avions dernièrement ouvert un magasin à Tokyo cette année. Par conséquent, un de mes partenaires japonais, qui me proposait déjà des pistes de marques avec qui travailler, m’a suggéré de travailler avec ISSEY MIYAKE. C’est quelque chose qui pour moi a immédiatement fait sens, surtout quand on part du principe qu’il s’agit d’un de mes créateurs favoris. De mon point de vue, ils font partie des seuls dans la mode à vraiment miser sur l’innovation et à ne pas être effrayé de créer leur propres matières, leur propre style, ce qui en fait l’une des marques au style des plus identifiable de l’industrie. Il est facile de reconnaître des pièces ISSEY MIYAKE, même de loin, sans qu’elles ne comportent le moindre logo. »

La collab ISSEY MIYAKE x United Nude. Crédit image : ISSEY MIYAKE.

La collab ISSEY MIYAKE x United Nude. Crédit image : ISSEY MIYAKE.

A.J. : C’est donc la cohérence qui a été le principal élément de motivation derrière cette collaboration ? Ou bien était-ce la sensibilité créative que vous partagez, votre parti pris singulier dans la création de souliers ? Êtes-vous celui qui a décidé de travailler le bois ? Avec du recul, pensez-vous que cela était le bon choix ?

Rem : « Nous avons par moments des approches créatives complémentaires voire similaires, de ce fait, il y avait déjà un sacré lien entre nous. Notre objectif à ce moment, avec cette collection, c’était d’avoir cette même espèce de code reconnaissable, la création de quelque chose de vraiment emblématique. J’ai été formé en tant qu’architecte et quand j’ai vu cette création prendre vie, j’ai immédiatement suggéré de recourir au bois. Le bois est une matière inspirante, qui est imprégné de quelque chose de très traditionnel, il est aussi caractéristique des souliers traditionnels japonais, comme les sandales Geta par exemple. Pour moi, il s’agissait déjà d’un élément d’inspiration et la marque était bien sur partante pour me suivre. C’était la chose à faire pour plusieurs raisons, en particulier le manque de temps. Le bois nous a permis de développer des prototypes puis des produits beaucoup plus rapidement. Il permet aussi au produit final d’utre flexible et par conséquent de pouvoir le twister plus tard si nécessaire pour créer une itération avec un autre type de matière. C’est quelque chose que, je l’espère,  nous pourrons continuer à faire car je trouve que ce qui en a résulté est à la fois cool et singulier. »

A.J. : Quel est votre point de vue en général sur les collaboration ? Comment est-ce que ça se passe en général ? Qu’est-ce qui a rendu celle-ci si spéciale ?

Rem : « Beaucoup se lancent dans des collaborations en se contentant de mettre l’imprimé de quelqu’un sur les produits d’une autre marque. Lorsque nous avons collaboré avec des créateurs, que ce fusse ISSEY MIYAKE, Iris Van Herpen ou Zaha Hadid, nous partons toujours de rien. Comme en art, nous commençons avec une page blanche et essayons de créer quelque chose de profondément uniquement, conçu spécifiquement pour ce projet. Je trouve que c’est la façon la plus efficace et minutieuse de collaborer : quand on joint réellement nos forces, concevons un process, c’est ainsi que nous finissons par réaliser de grandes choses, celle que l’on aurait pas pu mettre au point avec ses seuls moyens. C’est le côté intéressant des collaborations.C’est de cette manière la qu’on repousse les frontières ensemble, que ce soit en matière de technologie, dans la façon d’approcher les formes, la pureté ou qu’importe. On va se reposer mutuellement sur les forces de l’autre dans le processus de création et c’est ce qui me fait vraiment apprécier les collaborations, ce pourquoi j’en fais régulièrement, bien que ce soit parfois plus difficile avec certains qu’avec d’autres. Mais avec ISSEY MIYAKE, nous avons à ce point la même vision des choses, la même capacité à apprécier et à respecter le travail de l’autre, j’entend par là qu’ils ont une équipe faite de stylistes et de designers si talentueux que je dois admettre que ça a été incroyable de travailler ensemble. Résultat, nous sommes déjà en train d’envisager de collaborer de nouveaux ensemble sur la prochaine saison à venir. Quand vous grandissez ensemble, vous ne pouvez que vous améliorer mutuellement. C’est quelque chose de vraiment très intrigant pour moi, mais qui ne m’empêche pas le moins du monde d’être très excité au sujet de notre prochaine collaboration. »

La collab ISSEY MIYAKE x United Nude. Crédit image : ISSEY MIYAKE.

La collab ISSEY MIYAKE x United Nude. Crédit image : ISSEY MIYAKE.

A.J. : Quelle est la prochaine étape ? Avez-vous déjà de nouvelles idées en tête pour cette prochaine collaboration ? Quelle est votre ultime objectif pour United Nude ?

Rem : « Je suis impatient de pouvoir expérimenter puis développer ce même soulier dans d’autres matières, afin de déterminer comment on pourrait la rendre encore plus désirable au plus grand nombre. J’essaie toujours de créer des pièces accessibles, destiné à un grand nombre de personnes. Je sais que parfois le positionnement prix est déjà important pour certains, cela dit, nos produits demeurent abordables. Tout comme les pièces ISSEY MIYAKE, je considère qu’elles valent leur prix car la matière utilisée est vraiment spéciale, que le design est cool et, élément le plus important, qu’elles sont confortables. C’est quelque chose que j’apprécie vraiment dans les pièces ISSEY MIYAKE, (tout comme avec les paires de souliers, car normalement quand on en crée, comme avec Iris Van Herpen, nous développons des souliers aux talons très hauts, avec de très hautes plateformes qui rendent la marche difficile et sont réservées aux défilés) : ce sont en réalité des types de talons confortables, conçus dans une hauteur à laquelle il est très facile de marcher. Cela pourrait être un soulier pour la vie de tous les jours et c’est ce que j’aime le plus : créer quelque chose de spéciale, de confortable et de portable. Créer de beaux souliers mais avec une véritable utilité. »

A.J. : Et donc, pour devenir mainstream, le retail est-il votre prochain étape ? Par conséquent, envisagez-vous une ouverture prochaine à Paris ? Appréciez-vous ce côté des affaires ?

Rem : « Pour le moment nous avons un corner aux Galeries LAfayette. Parfois j’y songe mais j’attends que les prix de l’immobilier soient un peu plus abordables. Nous avons des magasins dans plusieurs grandes villes internationales (Londres, New York, Amsterdam et bientôt Los Angeles), cependant, je me mettre patient concernant Paris et attendrais que ce soit moins coûteux. J’ai d’ailleurs la conviction qu’il y aura une diminution du fait de la montée en puissance du e-commerce dans de nombreuses industries, en corrélation à un ralentissement du tourisme qui affecte l’économie. À vrai dire, ce n’est pas le retail n’est pas la partie du business que je préfère, c’est très différent du métier de créateur. Je préfère pour ma part être designer car le retail me donne la migraine. Mais j’apprécie de réaliser des événements ou encore me retrouver dans la même situation que quand nous avions fait le lounge Zaha Hadid chez l’Éclaireur. J’apprécie aussi de me retrouver dans la peau de quelqu’un d’autre parfois. »


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