Mode Masculine : La valse à sale temps ?

Le Récap de Manon | Jour 2

in brief

Vêtement troués, décomposés et franges multiples configurent les silhouettes masculines. Des matières légères, au travers desquels l’air passe à nouveau : un besoin de respirer ?

Ralentir les cycles de la mode passe par un ralentissement des cadences de productions, des calendriers médiatiques, des rythmes de mise en rayons. En bref de multiples cercles interdépendants sont en cause dans l’accélération de la machine. Ce rouage infernal possède diverses origines qu’il faut toutes questionner. David Zajtmann, professeur en sciences de la gestion à l’IFM éclaire l’une des causes de l’accélération du temps de la mode, dans le champ parisien au cours des années 1970.

En cherchant à comprendre les conditions qui ont rendu favorable l’institutionnalisation du prêt-à-porté, Zajtmann découvre que la multiplication des couturiers sur la scène parisienne est liée à la naissance d’une presse hebdomadaire qui réclamait une « news » par semaine à ses journalistes.

Ces dernières sont alors allées dénicher des stylistes et diverses personnes du milieu qu’elles ont mis en avant dans leurs pages. Le sytème du prêt-à-porter naissait avec ses noms, ses codes. Et pour le meilleur, comme pour le pire, de nouveaux rythmes se sont stratifiés.

Walter Van Beirendonck. Photo : Imaxtree.

Si le poids des magazines semble avoir laissé place au règne du régime des réseaux sociaux, la naissance permanente de nouveaux créateurs n’est plus suffisante pour rassasier les fils d’actualités. Beaucoup de noms existent, et chacun doivent se différencier. Pour ce faire, les publics visés sont moins larges, plus précis : on parle de tribus, de gangs ou de cultures alternatives. Pendant cette deuxième journée diverses voix se sont rencontrées, avec chacune son propre micro. Walter Van Beirendonck possède ses aficionados nostalgiques des six d’Anvers, et Glenn Martens chez Y/project incarne la troisième vague belge. Des créateurs comme Virgil Abloh ou Raf Simons profitent des micros qu’ils se sont construit hors des grandes instances du luxe pour officier leurs messes de la mode. Une place révélatrice de leur rapport à la vitesse : le champ de fleurs au Carreaux du Temple d’Abloh était un prélude du show Vuitton. Une avant-scène, un incubateur : quelque chose qui donne de la vitesse plutôt qu’il ne la ralentie.

Virgil Abloh pour Louis Vuitton. Photo : Getty Images.

Comment réceptionner tout ça ? Consommer tout ces messages ?

Recevoir c’est prendre le temps d’analyser un message : déconstruire et reconstruire. La mode à habituée à un service de message tout-prêt : facile à consommer. Avaler, et gober : d’autres vêtements arriveront. En mettant des message sur les vêtement, ces derniers sont vendus comme identitaires et militants (« reduce, reuse and recycle » s’imprime sur les pièces d’une collection de plastique blanc chez Off White) ou vecteur d’arts comme les caps fleuries par l’artiste Futura – chez Off White toujours.

Du vêtement-consommable, on est passé au vêtement-image toujours tout aussi consommable. Mais ils ont une conviction, donc c’est ok ?

Des fleurs et surtout l’utilisation de plastiques recyclés en textile chez Off White. Photo : Mitchell Sams.

Aujourd’hui la mode déborde de messages tous épuisés, si bien que les consommateurs arrivent eux-mêmes à épuisement. Il est temps de soigner les esprits, redonner de l’espoir.

Cela est un travail. Un travail qui passe par l’alerte. Une prise de conscience qui tient au créateur espagnol Boris Bidjan Sibari, qui à l’ombre du calendrier présente sa collection dans le 3ème arrondissement de Paris. Une occasion qui lui permet de prendre le temps d’expliquer les procédés d’oxydations qu’il expérimente ou les techniques que requiert la fabrication de ses pièces :

« Certaines pièces relevaient d’un défi technique : alors cela m’a intéressé. Ces techniciens sont des artistes. Et ce n’est pas lors de défilés traditionnels que le public, la presse pourra le constater. Les gens prennent des photos et s’en vont. Tout est dédié à Instagram, ils n’écoutent pas et pensent déjà au prochain défilé. Sommes-nous tous des marionnettes ? »

Une question à laquelle il serait séduisant de répondre « oui ». Si ce oui est la réponse, alors il faut tout faire pour montrer que « non » va le devenir.

L’engagement des jeunes pour l’écologie qui s’est déroulé en amont de la semaine masculine sonne comme un espoir.

L’hypothèse d’un asservissant de la nouvelle génération face à l’image s’effrite lentement. Comment la mode peut-elle participer ?

Pour Boris Bidjan Saberi il s’agit d’une éducation au regard, à l’écoute du récit mais aussi de renouer avec le vêtement présent, de le toucher plutôt que de s’astreindre à l’adoration du vêtement image.

Photo :DOMINIQUE MAITRE/WWD.

Chez Etudes il s’agit de jouer sur le sens que donne la société à des termes tel que « Diffusion ». En imprimant les définitions Wikipedia sur les vêtements c’est également l’artificialité de la recherche d’informations que nous pratiquons tous qui sont pointées. J.W Anderson, fait une éloge aux différentes formes du DIY. Des patchworks, des vêtements de base-ball portés avec de la soie, ou des vêtement usagés. Rien d’imitable dans l’immédiat : des tenues compliquées, un style qui questionne.

En somme une manière de ralentir la cadence.  

Alors faut-il bannir les défilés ? Les rêves de Valentino, Dior et autres grands noms sont intrinsèque à l’équilibre de la mode. Il doivent juste laisser la place à d’autres modèles de récit, plutôt que de digérer les cultures alternatives.

S’il sont rêves, ils ne sont pas modèles.

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