Mode Masculine : A la recherche du temps à venir

Le récap de Manon | Jour 1

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Si Proust est à la recherche du temps perdu, la mode est-elle à la poursuite des temps à venir ? La course poursuite ne s’élabore pas à la même vitesse pour tous les créateurs et s’articule dans l’influence d’un passé propre à chacun : entre cirque d’enfance, antiquité grecque, ou masculinité de soap américain, la semaine de la mode masculine s’ouvre sur de multiples configurations du temps dans la mode.

La forme du cercle est récurrente dans la mode. Omniprésente. Les cercle se superposent et désignent aussi bien les différents acteurs du milieu, que les rythmes de production. La métaphore est également vive chez les magazines afin de décrire et réécrire les tendances : ordonner avec quelques simplifications anglicisée « It’s hot ».

Le défilé AMI au Grand Palais, fief historique des défilés Chanel.
Photo Anne-Christine Poujoulat. AFP

De manière plus large le cercle est une part prenante du récit occidental. Paul Ricoeur consacrait la première partie de son épopée philosophique sur l’innovation sémantique (la manière d’innover dans le récit) à notre rapport à la temporalité. À l’orée de cette semaine masculine, le temps se met en récit puisque comme dans toutes bonnes histoires ce sont les « nouveaux noms », ceux dont le récit et le style restent à construire qui ouvrent la ronde. Quatre inscrits aux calendrier officiel : Bode, Sies Marjan, Phipps et Ludovic de Saint Sernin. Bode et Phipps ont présenté leur collection après le retour (autre configuration du récit lié à une boucle) de Palomo Spain tandis que Alexandre Matiussi conclue la journée dans une mise en abyme de la cyclicité de la mode. Dans la nef du Grand Palais, associé à la marque Chanel pour les membre du cercle de la mode, les mannequin tournait autour des invités.

La boucle est bouclée ?

Palomo Spain déconstruit l’histoire occidentale genrée de la mode. Photo: Filippo Fior / Gorunway.com

Cette configuration cyclique du récit de la mode semble devoir être décentrée. En déplaçant le pique du compas, on se rend compte que les ondes du cercle se sont diffractées à des vitesses différentes selon les lieux, les classes sociales, les genres, l’accès aux médias… Chez le créateur espagnol Palomo Spain, le vêtement permet de déconstruire les rôles genrés, tout comme l’histoire occidentale genrée de la mode.

Si habituellement les toges blanches servent à diviniser les « déesses antiques de la haute couture », elles étaient ici l’apanage des hommes.

La virilité post-culture western, vue par Sankuanz. Photo: Regis Colin Berthelier / Now Fashion.

L’Histoire d’une virilité post-culture western infusait le défilé Sankuanz. Les Cow-Boy rencontrent les policiers et les gangsters. Les références aux maquereaux de Vegas sont assumées. Les pantalons évasés 70’s mélangés aux chemises à franges disent un temps qui s’est sédimenté via la fiction cinématographique. Une médiatisation du récit américain qui semble avoir été d’ores-et-déjà vu et digéré par Shangguan Zhe. Chose qui aurait été impossible avec la configuration médiatique de l’espace des années 1990.

La slow fashion d’Emily Bode se raconte.
Photo : Tyrell Hampton pour GQ.

Chez Bode ce sont les histoires transmises par la famille qui ont inspiré cette première collection. Un geste révélateur d’une volonté de filiation nouvelle. Une filiation où l’histoire personnelle se lit dans le décor, les chaussons de danse ou encore les peintures multicolore qui ornent les chemises. L’histoire est celle de la « Bode Wagon Company », compagnie de la famille de la créatrice Emily Adams Bode qui à décoré les roulottes des cirques Barnum, Bailey et Ringling Brothers Circus au XIXe.

Mettre en récit sa propre histoire, plutôt que l’histoire commune d’une mode édifiée à Paris est en soi un acte qui revient au fondamentaux de l’élaboration du style au XIXe.

Les Poiret, Vionnet, Lanvin puis Dior et Coco sont des figures clés dans le récit du début du sytème de la mode parisienne. Comme ils l’ont élaborée, ils ne se sont pas référés à une histoire de la mode moderne européenne. Aujourd’hui plusieurs choix apparaissent : citer l’histoire pour en créer d’autres ou revenir à la bonne méthode où l’on fait table rase du passé. Ami par Alexandre Mattiussi met en scène les mythes des grand créateurs iconoclastes qui font (ont fait ?) la mode parisienne.

 

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June 21st 3019. 6:00 pm Paris Time. @dior

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Les cercles de la mode se diffractent à différentes vitesses. La mode est faite d’espaces temps matérialisants, pour emprunter un concept de Karen Barad. Sur un téléphone, ou un ordinateur, l’actualisation se traduit par un pictogramme représentant un cercle qui tourne. L’actualisation c’est donc sans doute cela : des cercles – des histoires, des styles qui tournent à différentes vitesses. La nouveauté d’hier ne se configure plus de la même manière aujourd’hui.

En cela, la mode n’est en rien un éternel recommencement.

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