ITW⎜Comment Julia Krantz fusionne mode, technologie & jeux vidéos

L'artiste et créatrice suédoise s'inspire de l'univers du gaming & de la science fiction pour explorer le futur de la mode suédoise

in brief

Née à Göteborg, en Suède, Julia Krantz est diplômée du Högskolan för Design och Konsthanverk en 2010. En tant que designer et artiste, son expérience fait le lien entre mode avant-gardiste et technologies interactives. Puisant son inspiration dans les jeux vidéo, les personnages fictifs et les réalités alternatives, elle cherche de nouvelles perspectives sur la mode et le corps humain.

Nous avons récemment découvert et été fascinés par son approche inhabituelle du design de mode. Nous avons approché la créatrice pour en savoir plus sur les intersections qu’elle voit entre science fiction, gaming et design de mode.

Shell, par Julia Krantz.

Futur404 : Pouvez-vous nous dire comment se traduit présentement la rencontre entre la mode suédoise et la technologie ? Quelles sont selon vous les marques qui l’incarnent le mieux ?

Julia Krantz : « Il se passe tellement de choses dans le secteur à tous les niveaux. Sur mon blog Magic Fabric, j’ai rédigé récemment un papier sur le studio suédois Atacac qui utilise un logiciel de modélisation 3D afin de produire puis de commercialiser leurs produits de façon innovante. En Suède, la mode est une des industrie les plus dynamiques et la digitalisation figure à présent au premier rang des choix stratégiques. Je pense que, pour les marques, l’emploi des nouvelles technologies deviendra progressivement moins perçue comme un pari sur l’avenir mais comme une nécessité d’être au niveau de la numérisation de la création, de la production et de la commercialisation de la mode. Cela peut aussi signifier qu’il faille aller au-delà des changements dans nos manières de travailler et de produire, comme par exemple le recrutement d’individus avec des compétences très différentes de celles recherchées dans l’industrie de nos jours. » 

Afin de souligner les similitudes entre le développement de jeux vidéos et la mode, Julia Krantz a lancé son blog – où elle rassemble ses trouvailles entre mode, jeux vidéos et technologies interactives.

F404 : Pouvez-vous nous parler du travail que vous faites chez Volumental ? Avez-vous acceptez ce poste par passion pour la création de souliers ou pour de toutes autres motivations créatives ? 

J. K. : « À l’époque, j’arrivais tout juste au terme d’un travail de recherche d’un an subventionné par le Swedish Arts Council à travers lequel j’ai exploré le potentiel des technologies utilisées dans l’industrie des jeux-vidéo appliquée à mon approche du vêtement. J’étais fascinée par le potentiel des technologies 3D dans ce domaine et mon chemin fini par croiser celui de cette startup incroyable baptisée Volumental : une société née des recherches menées au sein du Royal Institute of Technology de Stockholm. À cet instant, ils ne commercialisaient pas encore de produits, cependant il existait une conviction ferme que la technologie de scanner 3D sur laquelle ils travaillaient seraient capable de révolutionner l’industrie de la chaussure. »

Volumental propose une solution de hardware ainsi qu’un logiciel 3D pour scanner vos pieds et obtenir des recommandations à travers l’Intelligence Artificielle Fit Engine.

F404 : De quelle manière Volumental approche le sujet du scanner 3D appliqué au domaine du retail ?

J.K : « Avec notre technologie 3D, nous sommes non seulement en mesure de résoudre les problématiques liées au dimensionnement des souliers, mais nous réinventons également l’expérience consommateur, qui grâce à cela conclura sa visite en magasin en ayant apprit des informations précieuses au sujet de ses pieds et du type de chaussures qui lui conviendra le mieux. Notre priorité dans le développement de ce système a toujours été de créer quelque chose de vraiment utile pour l’acheteur de souliers, à travers une expérience combinant simplicité, agilité et une expérience utilisateur forte. »

Trouver la paire parfaite ne se résume pas à une histoire de taille. Pour mieux comprendre cela, le guru de la chaussure Ales Jurca (Volumental) a conduit un projet de recherche, scannant plus de 10,000 personnes pour comprendre comment la forme d’un pied détermine son bien-aller.

F404 : Que pouvez-vous nous dire à propos de Fit Engine ? Qu’entendez-vous par « fitting perfection » ?

J.K : « À l’aide d’une modélisation 3D très précise de vos pieds, vous pouvez non seulement être en mesure de mieux en comprendre la silhouette, mais en plus, l’utilisation de l’intelligence artificielle va aussi nous permettre de comparer les informations réunies sur chaque pieds à échelle mondiale et d’élaborer un mapping pour au final, vous fournir des recommandations personnalisées de tailles selon la chaussure que vous souhaitez acheter chez n’importe quelle marque. Par exemple, une taille 40 chez une marque n’aura pas les mêmes dimensions chez une autre, une différence que l’on peut même constater entre différents modèles de souliers d’une même marque. Il n’existe tout simplement pas de taille parfaite. La meilleure façon de savoir si une paire de chaussure vous va ou non et d’observer les pieds d’autres individus ayant essayé le même modèle. Grâce à cette solution, les consommateurs seront en mesures de trouver le soulier parfait bien plus rapidement et d’une manière bien plus engageante qu’à l’accoutumée. »

Un ajustement parfait nécessite 3 éléments d’information séparés
1. Une compréhension complète des dimensions exactes du pied: plus que juste la longueur;
2. Une compréhension complète des propriétés exactes de la chaussure: par ex. s’ils sont mieux adaptés aux pieds larges ou au cou-de-pied haut
3. Une compréhension complète des préférences du client: si elles préfèrent un ajustement « lose » ou plus serré.

F404 : Quelle est la stratégie big data derrière la technologie de personnalisation et l’intelligence artificielle développées par Volumental ?

J.K : « Mis à part leur grande utilité en magasin, la data obtenue grâce aux scanners peut également être utilisée par les marques afin de mieux comprendre leurs consommateurs, leur offrant des informations précises sur ce à quoi ressemblent leurs pieds et leur offrant des éléments de réponse en vue d’améliorer leurs procédés de développement de chaussures. Ces données peuvent bien sur également être utilisée afin de développer des souliers personnalisés. À l’avenir, une fois scanné, le consommateur sera également capable de réutiliser ces informations pour faire ses achats en ligne, où trouver des chaussures à la bonne taille est encore très difficile pour de nombreuses personnes. »   

Whiteness, Julia Krantz.

F404 : Nous sommes nombreux à vous avoir découvert en tant que designer à travers vos nombreux projets (Whiteness, Shell, Tamashii…) : que pouvez-vous nous dire au sujet de vos créations ? Qu’est-ce qui vous inspire au quotidien dans votre démarche de création de vêtements innovants ?

J.K : « Mon approche artistique a souvent impliqué un certain jeu de réinvention de la silhouette du corps humain, mais bien souvent en inscrivant cette démarche dans un récit aisément compréhensible. Il est évident que je suis profondément inspiré par la science fiction et les approches appartenant à l’industrie de l’entertainment. Historiquement, ces deux mondes ont toujours été maintenu en séparation, mais alors que les réalités digitales se mélangent aux réalités physiques, on voit désormais ces travaux sous un tout autre jour. L’émergence de réalités alternatives nécessite de réunir des esprits et des équipes alternatifs, qui se jouent des conventions. »

Shell, Julia Krantz.

F404 : Vous semblez privilégier une démarche collaborative dans votre travail : comment l’interaction avec d’autres designers a permit de perfectionner vos aptitudes créatives et d’atteindre le résultat désiré ?

J.K : « Il est vrai que je préfère le travail collaboratif, bien que mes partenaires soient plutôt des photographes et des développeurs plutôt que d’autres designers et artistes. C’est quelque chose que je continue d’explorer à travers le travail que je fais chez Volumental et qui occupe une place importante dans mes travaux personnel. »

Marvelous Designer, un outil de design 3D.

F404 : Pensez-vous créer de nouvelles expériences combinants vêtements et technologie dans un avenir proche ?

J.K : « Bien sûr ! Je pense qu’il y a de grandes chances que cela se face dans le virtuel plutôt que dans le réel. Dernièrement, j’ai commencé à travailler avec les logiciels CLO3D etMarvelous Designer afin d’apprendre à créer des pièces entières virtuellement. Ce sont des logiciels 3D qui utilisent les principes de coupes réalistes et qui illustrent le résultat final sur un avatar tout en simulant le principe de gravité pour un rendu plus réaliste, par comparaison aux logiciels de modélisation 3D traditionnels. » 

F404 : Que faut-il attendre de ce que vous appelez l’ « avant garde fashion » ?

J.K : « À mon sens, peu importe que l’on crée des outils sophistiqués destinés au consommateurs, à de la production à la demande ou des algorithmes parfaits si l’on est incapable de déterminer ce que l’on veut, l’être humain aura toujours besoin de se connecter à l’inconnu et à l’inexploré pour cela. Il faut avoir une vision audacieuse et beaucoup d’imagination pour pouvoir obtenir de tels insights. Les nouvelles perspectives nous proviennent rarement du mainstream. Il existe bien des choses dans le monde qui sont créées afin de pousser, tirer et étirer les limites du design, permettant ainsi au mainstream de s’épanouir dans de nouveaux territoires. Je suis vraiment impatiente de voir comment les nouvelles technologies peuvent d’avantage renforcer et rendre plus accessible ce phénomène. »

F404 : Pourquoi, selon vous, les jeux-vidéo jouent un rôle clé dans le futur de la mode contemporaine ?

J.K : « Alors que l’industrie est en phase de digitalisation, nombreuses sont les marques à utiliser des outils habituellement utilisé par l’industrie du gaming à la fois pour la création et la visualisation des produits. En réalité, les maisons et marques de mode ont beaucoup à apprendre de l’univers de l’entertainment digital et bien que le noyau dur de l’industrie des jeux-vidéos n’entend pas exploiter cette opportunité, il y a fort à parier que de nombreux acteurs d’un nouveau genre viendront occuper cet espace à l’avenir. »

Digital man, Julia Krantz.

F404 : Comment concevez-vous leur capacité à réinventer le travail des designers dans les prochaines années à venir ?

J.K : « La possibilité de pouvoir voir, expérimenter et peut-être même toucher des choses qui n’existent pas dans le monde physique est un concept radical qui pourrait permettre aux designers de gagner un temps précieux, en particulier en termes de détails pratiques, leur offrant plus de temps afin de plus se concentrer sur la dimension émotionnelle de leurs travaux. Je pense que cela offrira également  aux designers et artistes de nouvelles manières de se connecter à leurs audiences et ce, à des stades très en amont de leurs procédés créatifs. Cependant, du fait de la complexité de ce nouveau champ d’application, il va y avoir un fort besoin d’individus dotés de fortes compétences artistiques. L’imaginaire et la création ont peu de chance de se voir remplacés par les machines de si tôt. »

Suivez ces liens afin de découvrir les créations de Julia Krantz et les nombreux projets entrepris par la startup Volumental.

Subscribe
There's always more to discover. Subscribe to our newsletter to explore the unfound.