ITW | Nous avons rencontré la directrice de création mode chez Stratasys

Une conversation autour des collaborations mode de la firme d'impression 3D

temps de lecture: 15 mn
in brief

Dans la continuité de nos articles autour de l’impression 3D, relatant le travail de créateurs comme Iris Van Herpen, il nous semblait naturel d’aller plus loin et de rencontrer les pionniers qui ont permis à cette idée folle d’imprimer la mode de devenir réalité. C’est ainsi que nous avons saisi l’opportunité de parler avec Naomi Kaempfer, directrice de la création pour l’art, la mode et le design chez Stratasys.

Avec 30 ans d’expérience dans l’impression 3D dans divers secteurs, Stratasys est l’un des leaders de l’impression 3D. La firme travaille entre autres avec des constructeurs automobiles, le secteur médical, l’aérospatiale et les biens de consommation. C’est donc sans trop de surprise que la société s’avère être également à la pointe en matière d’impression 3D pour la mode. La société explore les possibilités de l’impression 3D en mariant les disciplines créatives et son expérience pour encourager designers et artistes à repousser les limites de la créativité.

Naomi Kaempfer est en charge de la mise en place des collaborations marketing avec la mode et design chez Stratasys depuis 2014, en tant que directrice de la création pour l’art, la mode et le design. Elle établit des relations et collabore avec les musées, les institutions d’art et de design, le secteur de la création et les collectionneurs.

Naomi a étudié le droit et la philosophie, elle détient un baccalauréat en ingénierie produit et une maîtrise en gestion de la conception. Elle est spécialisée dans le rapprochement des stratégies commerciales des marchés internationaux du design et de la création. Après avoir dirigé le ONL Non-standard architecture show pour le Centre Pompidou, elle a été engagée pour implémenter la plateforme renommée MGX et design d’art chez Materialise en 2003, qu’elle a dirigée pendant 7 ans. Naomi a créé de nombreuses collections prestigieuses en collaboration avec des artistes et designers de renom dans des musées de premier plan tels que MoMA, V&A, Pompidou, Smithsonian Cooper Hewitt et bien d’autres. Elle a dirigé le département de technologie à la Design Academy en tant que professeure titulaire du LAB entre 2008 et 2011. Entre 2010 et 2013, elle a dirigé le développement de la conception stratégique du Groupe Delhaize en tant qu’experte en stratégie de conception et a travaillé en tant que consultante indépendante pour des sociétés d’impression 3D et des plates-formes de conception émergentes.

Nous avons discuté avec elle des derniers développements de la firme en matière d’impression 3D. Ces dernières années, l’utilisation de l’impression 3D dans la mode a constamment évolué et nous assistons à une augmentation notable de la notoriété et de l’intérêt des designers pour la technologie. En tant que directrice créative pour l’art, la mode et le design, Naomi observe l’évolution de la curiosité de tous les horizons de la mode – du haut de gamme au bas de gamme et dans des applications variées de la technologie.

« Nous pensons que la formation du secteur de la mode à la technologie joue un rôle clé à cet égard. De nombreuses académies intègrent désormais l’impression 3D dans leur programme d’enseignement. La mode utilisait auparavant des méthodologies traditionnelles. Le fait que les écoles mode adoptent désormais ces technologies innovantes est donc une étape encourageante. » nous dit Naomi Kaempfer.

En effet, former une nouvelle génération de designers et implémenter les technologies et logiciels d’impression 3D chez toutes les parties impliquées, nous dit-elle, est un processus progressif et continu.

« Cela pourrait expliquer pourquoi la mutation de l’industrie n’apparaît peut-être pas immédiatement comme une tendance généralisée, mais cela est en cours, et émergera dans un avenir pas si lointain. » poursuit-elle.

Nous avons précédemment exploré les différentes façons dont l’impression 3D peuvent être utilisées pour le textile et la mode, permettant aux créateurs de mode de dépasser les limites traditionnelles du design et de concrétiser certains des concepts les plus challengeants.

« Nous constatons une évolution par rapport aux méthodes de production textile traditionnelles, telles que la coupe de motifs et la couture de textiles, et la transition vers un textile totalement imprimé en trois dimensions. » note Naomi.

Les matériaux créés numériquement offrent de nombreuses possibilités, chaque élément d’un vêtement ou d’un textile pouvant désormais posséder ses propres propriétés physiques manipulées numériquement. Par exemple, Naomi nous explique que l’on peut créer un textile spécifique, imperméable, opaque, flexible ou rigide, puis combiner ces éléments pour que ces propriétés puissent toutes être présentes dans un même vêtement.

Les designers sont désormais libres de créer des géométries et structures complexes, non seulement esthétiques, mais pouvant également ajouter des fonctionnalités intelligentes.

« Par exemple, lorsque nous créons un vêtement qui doit être attaché, au lieu d’utiliser des boutons traditionnels, nous pouvons intégrer une fonctionnalité de verrouillage directement au textile, en rendant certaines zones adhésives. Nous en sommes encore aux premiers stades de développement de notre compréhension géométrique et de ce qui est réalisable, mais les possibilités sont vastes. » ajoute-t-elle.

Les nombreuses possibilités de personnalisation offertes par l’impression 3D constituent un autre avantage important pour l’industrie de la mode. Les vêtements peuvent maintenant être créés pour s’adapter parfaitement à la taille et à la courbure de chaque partie du corps, laissant ainsi la place à une véritable personnalisation. Comme il s’agit d’un nouveau domaine, Naomi estime que les experts du secteur doivent encore se challenger afin de mieux envisager les prochaines étapes et d’adhérer à cette nouvelle liberté de conception et ainsi repousser la frontière des possibles.

À cette fin, elle nous explique à quel point les développements matériels stratégiques doivent accélérer l’adoption de l’impression 3D dans le design de mode.

« Chez Stratasys, nous travaillons avec des entreprises de mode de premier plan pour relever divers défis de conception, en les aidant à explorer des terres inconnues de la mode contemporaine pouvant être réalisées avec l’impression 3D. » poursuit-elle.

Robe présentée le 23 février 2016 et faisant partie d’un duo de robes imprimées en 3D conçues par le label new-yorkais threeASFOUR en collaboration avec le designer Travis Fitch et Stratasys. « L’ensemble de la création, depuis la conception initiale, visait à maximiser les potentiels inhérents à cette technologie. En tant qu’artistes et concepteurs, notre prérogative et notre nature sont d’explorer les nouvelles possibilités technologiques et de repousser les limites de la création de formes », déclarait Adi Gil, l’un des designers, à l’époque.

Des designers de pointe tels que la marque de mode new-yorkaise threeASFOUR, la célèbre créatrice de Haute Couture Iris Van Herpen, la designer allemande Julia Koerner ou encore Noa Raviv, basée à Tel-Aviv, pour n’en nommer que quelques-uns – exploitent les possibilités en termes de matériaux, d’esthétique et de couleurs et font en sorte que la diversité des applications de création de mode évolue constamment.

« Nous avons certainement franchi des étapes importantes dans ce domaine, notamment l’introduction de la Stratasys J750, la seule imprimante 3D multi-matériaux polychrome. » précise Naomi.

L’imprimante a été utilisée par le designer Neri Oxman pour sa collection Vespers, composée de 15 masques répartis en trois sous-séries. Des masques représentant le passé, le présent et l’avenir, et tirant le meilleur parti de cette technologie pour sa capacité à créer des motifs géométriques complexes, impossibles à réaliser avec des méthodes de fabrication traditionnelle.

« Cela dit, nous n’en sommes qu’au début du processus de découverte des possibilités pouvant être réalisées avec l’impression 3D. Les développements matériels seront le moteur de l’accélération de ce voyage. » poursuit-elle.

LA ROBE HARMONOGRAPHE IMPRIMÉE EN 3D porte le nom d’un dispositif mécanique qui utilise des pendules pour créer des images géométriques. Ses trois spirales tournent autour du corps, imitant la séquence de Fibonacci.

Poursuivant notre conversation, nous avons interrogé Naomi sur les particularités de l’impression 3D pour la mode, les textiles et les matériaux souples et sur la manière dont Stratasys envisage de la faire encore plus loin, permettant ainsi aux créateurs de mode de dépasser les limites de la création.

« Cette année, nous nous sommes concentrés sur le développement d’une nouvelle technique : l’impression 3D PolyJet directement sur les textiles. Notre aspiration est de découvrir comment l’impression 3D peut fonctionner en harmonie avec les textiles, plutôt que de quelle manière elle peut remplacer le textile lui-même. Avec le soutien de notre R&D, dirigée par Boris Bolocon, expert en solutions innovantes chez Stratasys, cette année a marqué la première fois que cela a été réalisé avec notre technologie d’impression 3D PolyJet haute résolution, ce qui représente une avancée intéressante pour le secteur. En combinant des matériaux textiles traditionnels avec des matériaux d’impression 3D créés numériquement, nous comblons le fossé et permettons une intégration plus rapide de la technologie dans la conception textile. » précise-t-elle.

L’une des dernières collections de haute couture d’Iris Van Herpen, «Ludi Nature» (Couture printemps-été 2018), en est un exemple inspirant. La robe à feuillage, développée par les scientifiques de la TU Delft, incorpore des textiles traditionnels avec des éléments en plastique imprimés en 3D utilisant la technologie Stratasys PolyJet. Trois variantes du matériau imprimé en 3D ont été modifiées au niveau des gouttelettes, obtenant ainsi la couleur et la transparence uniques de la robe qui lui permettent de fusionner de manière transparente avec le tissu.

Présentée le 22 janvier 2018 dans le cadre de l’exposition de Ludi Naturae d’Iris van Herpen, la robe Foliage a été imprimée en 3D grâce à la technique d’impression PolyJet. Image : Molly SJ Lowe pour Iris Van Herpen.

Mais, comme toutes les technologies existantes, l’impression 3D pose également des problèmes, parfois techniques, d’autres fois pédagogiques. En ce qui concerne les défis de la mode de l’impression 3D et ce qui est nécessaire pour surmonter ces obstacles, Naomi pense que les vêtements imprimés en 3D devront d’abord être plus confortables :

« L’un des défis que peuvent poser certains vêtements imprimés en 3D est le niveau de fonctionnalité et de confort pour son utilisateur. C’est l’un des avantages de l’intégration de l’impression 3D et des textiles. L’interface qui touche la peau du porteur peut être le tissu doux, tandis que les éléments de conception complexes imprimés en 3D peuvent être appréciés sur la partie extérieure du vêtement, ce qui améliore le confort. » nous confie-t-elle.

Pour piloter la mise en œuvre de ces techniques de pointe dans la mode et en plus de collaborer avec certains des designers les plus renommés dans le domaine de la mode, la société s’est engagée à soutenir l’éducation de la prochaine génération de designers. En tant que telle, Naomi nous dit qu’elle soutient fièrement les projets de fin d’études dans le domaine de la mode, en informant les étudiants des avantages de leurs technologies d’impression 3D et en les encourageant à explorer de nouvelles solutions de conception.

« Grâce à un design de pointe élaboré par les designers avec qui nous collaborons, notre équipe de recherche et développement est mise à l’essai pour trouver des solutions qui, autrement, n’auraient peut-être pas fait surface. Ces solutions peuvent non seulement être mises en œuvre dans les industries de la mode et des arts, mais il est également possible qu’elles soient également applicables à d’autres industries utilisant l’impression 3D. » poursuit-elle.

Dans un monde en constante évolution technologique, la mode peut également être considérée comme un moyen essentiel de démontrer les vastes capacités de l’impression 3D pour la conception dans d’autres secteurs – biens de consommation, automobile, aérospatiale, etc. Tout le monde ne peut pas accéder à une technologie lorsqu’elle provient d’un marché de niche très particulier. Cependant, comme Naomi nous l’a dit, la mode ouvre une nouvelle façon de se rapporter à la technologie et permet un plus grand engagement avec elle.

À propos des projets à venir de Stratasys, Naomi nous dit que son équipe travaille actuellement sur une nouvelle collaboration avec threeASFOUR, avec qui ils avaient déjà travaillé sur trois robes; «Oscillation», «Harmonographe» et «Pangolin».

« Nous travaillons sur une nouvelle robe pour la prochaine collection du label new-yorkais threeASFOUR, qui sera présentée plus tard dans l’année. En plus de l’impression 3D sur le travail textile, nous explorons également les moyens d’intégrer la conception de produits traditionnels dans le design de mode et les textiles, dans le but de réduire l’écart entre ces deux disciplines. Cela aura de nombreuses applications pour les vêtements, les solutions esthétiques et la mode sportive. » nous raconte-t-elle.

En ce qui concerne l’avenir, Naomi partage un peu de sa vision de l’impression 3D à la mode, une vision dans laquelle les vêtements intégrant des propriétés physiques sophistiquées intégrées dans des zones spécifiquement définies du textile traditionnel vont se développer.

« Nous pensons que l’élément de personnalisation permettra également à l’impression 3D de s’implanter dans d’autres domaines de la mode, tels que la mode casual et les vêtements de sport, et éventuellement en cas de soins médicaux. » nous dit-elle.

Les gens mentionnent parfois la notion d’impression 3D atteignant le marché de masse, mais nous savons qu’il faut être prudent lorsque l’on considère les implications des solutions de marché de masse.

« En fin de compte, nous espérons que le monde de la mode reviendra à un modèle plus durable, qui implique une production plus localisée, permettant aux petites entreprises de conception et de production de rivaliser sur le marché. Néanmoins, il sera fascinant d’assister à l’évolution de l’impact de l’impression 3D sur le secteur de la mode et de voir comment elle continue de défier et de transformer notre perception de la mode. Chez Stratasys, nous sommes très curieux de savoir quels impacts auront les futurs développements technologiques sur le secteur de la mode et nous restons très ouverts à toutes les applications susceptibles d’apporter une contribution future à l’industrie. » conclue Naomi.

Pour en savoir plus sur les intersections entre la mode et l’impression 3D, consultez notre section sur la fabrication additive ici.

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