Le dernier show couture SS17 de Iris van Herpen

Glitch, Mylar, Découpe Laser & Moulage par Injection

temps de lecture: 9 mn

Hier, j’ai eu la chance d’assister à mon premier défilé Iris van Herpen. A chaque collection, la créatrice néérlandaise nous transporte dans son univers, mariant naturellement savoir-faire traditionnel et technologie. Pour chacun de ses défilés, elle recherche et crée des matières surprenantes, souvent fascinantes. Elle nous en met plein les yeux depuis 2007, que ce soit avec du tissu fait de fins fils d’acier inoxydable ensuite enflammés à la main ou encore avec la performance de fabrication d’une robe en live sur son show, l’an passé.

Largement reconnue comme une des créatrices les plus avant-gardistes, van Herpen repousse constamment les limites de la création de mode. C’est l’une des rares à expérimenter de nouveaux traitements du matériau à chaque collection, et qui souvent en créé de nouveaux, toujours avant-gardistes.

Elle a récemment fait l’objet d’une très belle vidéo, réalisée par le site Refinery29 video, qui montre le travail délicat de montage des robes de son défilé précédent, où les petits cristaux sont délicatement éparpillés puis disposés à la pince à épiler sur un lit de silicone liquide.

Comment marier savoir-faire traditionnel et technologie, sans compromettre la création ? C’est une question fréquemment posée lors des conférences que j’ai pu animer. Je réponds souvent en citant le travail d’Iris van Herpen, qui contrairement à ce qu’on pourrait croire de prime abord, réalise avec son équipe de réelles oeuvres d’art, qui sans son savoir-faire ne pourraient voir le jour.

Iris at her SS17 couture show. Credit: Now Fashion.

Iris durant son défilé SS17 couture.
Crédit: Now Fashion.

Pour sa seconde collection Couture, van Herpen, en collaboration avec l’artiste Philip Beesley (avec qui elle avait par ailleurs collaboré sur sa collection PE 15), s’est intéressée aux écarts entre les structures de ses matériaux, plutôt que sur les structures elles-mêmes, en façonnant les motifs pour qu’ils dissimulent la perspective du corps ou la réduisent. En construisant les formes puis en les déformant, la perspective de l’oeil est trompée et challengée pour y voir apparaître de nouvelles formes .

Glitch dress. Credit: Philip Beesley.

Détails de la Digital Glitch dress.
Crédit: Philip Beesley.

Présentée à la Maison des Métallos, avec une scénographie réalisée par l’artiste Esther Stocker, la collection couture, Between the Lines, a été influencée par la déformation créée par les glitches – des bugs digitaux – où van Herpen est allée puiser son inspiration, créant des pièces à la beauté inattendue de l’imperfection.

L’hypnotisante Glitch dress a été réalisée à partir de soie noire et de tissu Mylar extensible découpé au laser. Le Mylar est une matière plastique faite de résine de Polyethylene Terephthalate (PET).

Glitch dress. Crédit: Philip Beesley.

Digital Glitch dress et Glitch dress.
Crédit: Philip Beesley.

Between the Lines dress. Crédit: Team Peter Stigter.

Avec cette collection, van Herpen nous emmène un peu plus loin dans son univers créatif futuriste, avec des pièces d’une technicité impressionnante : tel un cocon, la robe Between the Lines ci-dessus, sculptée par découpe laser dans du cuir noir, emprisonne le mannequin dans une sorte de toile d’araignée futuriste.

Sculptured coat. Credit: Morgan O'Donovan

Sculptured coat. Crédit: Morgan O’Donovan

Le manteau Sculptured, sorte d’exosquelette structuré, a été réalisé à partir de plastique 3D transparent, coulé à la main, puis paint à la main à travers un moulage par injection et alignés sur une tulle de soie fine.

La même technique a été utilisée pour les robes Manta (image de couverture), Blaschka (visible dans la vidéo ci-dessus, qui suit le processus de création de plusieurs pièces de la collection) et la combinaison Drapy ci-dessous.

Drapy jumpsuit, made from fine silk tulle that is shaped with soft 3D hand-casted liquid PU shapes, that are hand-painted. Credit: Morgan O'Donovan.

Drapy jumpsuit.
Crédit: Morgan O’Donovan.

La robe Mimicry, ci-dessous, une robe aux allures végétales, a été réalisée à partir de cuir découpé au laser et d’organza noir transparent plissé à la main pour prendre une forme sphéroïde.

Mimicry dress, made from laser-cut leather and organza. Credit: Team Peter Stigter.

Mimicry dress.
Crédit: Team Peter Stigter.

La pièce maîtresse de la collection – réalisée à partir d’une tulle de soie couverte de petites gouttes d’eau (créées à partir de plastique transparent coulé à la main) cousues à la main – donnait l’impression que le mannequin revenait d’un trip dans l’espace, telle un flocon de neige du futur. Laissant l’audience rêveuse et subjuguée par des visions de matières et textures hypnotisantes.

Alchemy of Light dress, sculptured from 3D hand-casted transparent PU and hot-air-blown PetG, shaping waterdrops with a magnifying effect, that is then stitched onto a fine silk tulle. Credit: Morgan O'Donovan

Alchemy of Light dress.
Crédit: Morgan O’Donovan

« La fabrication de cette robe s’est faite à travers un processus long de six différentes phases, » a déclaré van Herpen à Vogue.com. “[Nous avons commencé par] le motif sur ordinateur, qui a ensuite été envoyé à une entreprise de découpe laser qui l’a découpée en plusieurs pièces de plexiglass. Ces ‘moules 2-D’ ont ensuite été envoyés à une entreprise de moulage sous-vide, qui a transformé les moules coupés au laser en plusieurs moules ‘3D’.

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Alchemy of Light dress. Crédit: Morgan O’Donovan.

“Ces moules 3-D ont ensuite été remplis à la main avec un plastique transparent liquide avec un film irisé sur le dos, » poursuit-elle. « Ce processus prend beaucoup de temps et met huit heures à sécher, pour chaque moule. Pendant ce temps, une autre équipe façonnait à la main avec de l’air chaud le PETG, qui joue le rôle de construction invisible pour faire flotter la robe dans l’air, à l’aide de pistolets à air et des pinces en métal. La mise en forme  à air chaud s’est fait de façon improvisée. Beaucoup d’essayages ont été nécessaires avant d’obtenir la bonne forme. Après tout ça, tous les moules de plastiques ont été cousus à la main sur la construction invisible en PETG, puis à nouveau cousus sur la robe en tulle dessous.« 

Alchemy of Light dress. Credit: Morgan O'Donovan.

Alchemy of Light dress.
Crédit: Morgan O’Donovan.

Ce qui est encore plus fascinant avec cette robe, c’est qu’elle est vraiment unique. Telle une oeuvre d’art, dont la créatrice dit qu’elle serait impossible à recréer.

Comme le processus de moulage par chauffe n’est pas complètement prédictif, nous n’avons pas utilisé de patron« , raconte-t-elle. « Le PETG est formé à la main sur le mannequin sur une période de plusieurs semaines, alors même si on essayait, il serait impossible de refaire une robe identique.« 

Et c’est exactement ce qu’on aime avec son travail, elle repousse les limites de la couture en la considérant comme un terrain d’expérimentation, explorant de nouveaux territoires créatifs à chaque nouvelle collection.

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