Aperçu de la nouvelle collection couture d’Iris van Herpen, ‘Shift Souls’

Récit d'une visite dans l'intimité d'un atelier parisien improvisé

in brief

En amont du défilé d’aujourd’hui, nous avons été invités à découvrir la dernière collection d’Iris van Herpen, Shift Souls, en avant-première. L’occasion de nous entretenir avec le Directeur Commercial de la marque, Paul van As.

Alors que M. van As nous guidait à travers l’atelier Parisien improvisé au sein de l’Atelier Néerlandais, nous avons eu la chance d’apercevoir le délicat travail des petites mains en pleine finalisation de la collection de la créatrice néerlandaise.

Chaque saison, la marque commissionne des partenaires choisis pour produire, entre autres, des chaussures pour accessoiriser la collection. Cette saison, elles se déclinent en empeignes marrons, beiges et noires ainsi qu’un talon en acrylique transparente infusée de différentes teintes de couleurs. Comme on peut le voir dans une vidéo de teasing postée sur le compte Instagram de la marque (voir ci-dessous), la marque a cette fois encore collaboré également avec des artistes travaillant chimiquement la couleur.

Kim Keever (Water Ballet) est un artiste américain, plutôt connu pour son travail de photographie. Il crée également des mixtures ressemblant à des nuages de couleurs, réalisées à travers l’utilisation d’aquariums remplis d’eau où il infuse des couleurs. Cela donne un résultat très spectaculaire, bien que, comme beaucoup d’objets de collection fabriqués exclusivement pour cette collection, ces chaussures ne seront jamais en vente dans les magasins, nous dit M. van As, même si, certaines d’entre elles seront vendues à des collectionneurs.

Cette saison, en comparaison aux dernières collection, les pièces sont très riches en couleurs. La collection, nous précise M. van As, s’inspire beaucoup d’influences asiatiques.

« Nous commençons par ce kimono, la Symbiotic Asymmetric Kimono Dress’, avec des empiècements en soie teinte dégradée de plusieurs couches de rouge shuiro et de pourpre tyrien et thermosoudés sur une fine dentelle découpée au laser 3D de mylar noir et de coton, créant des motifs d’oiseaux hybrides. Tout est appliqué à la main. » nous raconte M. van As.

Le Symbiotic Asymmetric Kimono, présenté lors de la collection couture Shift Souls d’Iris van Herpen.

Passant aux robes suivantes, M. van As nous en montre une qui ressemble à un nuage et nous dit que beaucoup d’entre elles seront également présentées lors du défilé. Nous découvrons ensuite une robe blanche dans laquelle se cache un visage (rappelant le nom de la collection, Shift Souls). M. van As nous dit que cette robe a été confectionnée grâce à une technique similaire à celle du kimono, avec l’ajout de ces visages cachées.

Les visages cachés dans la collection Shift Souls d’Iris van Herpen.

« Quand les pièces sont en mouvement, elles ont l’air complètement différentes. Nous avons beaucoup apprécié travailler avec les colorants dégradés cette saison, en collaborant avec des usines pour rendre cela possible. Nous avons également utilisé le plissage pour certaines robes, en utilisant des tissus imprimés dans des usines spécialisées dans l’impression. La logistique a été un point important : les imprimeries, situées en Italie et en Allemagne, ont mis au point et testé des techniques. Les matériaux devaient être imprimés avec une résolution assez élevée, de manière à conserver le dégradé. Le plissage a été réalisé en France et en Italie, mais aussi en Allemagne. C’est en fait un projet Européen. L’organza vient d’Allemagne, ou du Japon et la soie du Japon. » poursuit M. van As.

Pour le défilé, van Herpen a collaboré avec de nombreuses artistes et créateurs, dont l’architecte Philipp Beesley, sur un nouveau développement basé sur une robe présentée pour la première fois lors de la collection Between the Lines : la robe Glitch. Faite de mylar découpé au laser, la robe semble flotter dans les airs quand elle est portée. En effet, le matériau se comporte comme un problème informatique (ou glitch) sur des modèles en mouvement. Dans la collection précédente, la robe était disponible en noir et en blanc.

La robe Glitch, de la collection Shift Souls.

La robe a effectivement un aspect différent lorsqu’elle est portée : la matière bouge comme un glitch, sa forme change.

« Le mylar est en fait un matériau mis au point par la NASA pour ses navettes spatiales. Plus particulièrement pour les tuyaux, car ils ne peuvent pas utiliser de métal, cela provoquerait des chocs électrostatiques. C’est aussi un matériau très intéressant pour nous. » nous précise M. van As.

La découpe au laser est particulièrement difficile pour ce type de vêtement, car de nombreuses recherches sont nécessaires afin de trouver le bon laser et les paramètres permettant de ne pas brûler le matériau, mais pour qu’il se comporte comme souhaité. Pour la collection, ils ont également introduit la teinture du matériau (qui intervient avant la découpe). Il s’agissait également d’un exercice particulièrement complexe au niveau du patronage, effectué grâce à un ordinateur.

C’est un processus avec beaucoup d’essais-erreurs, notamment pour trouver les bons partenaires nous confie M. van As avec un sourire,

« Nous devons faire beaucoup de recherches sur Google. Il est également toujours difficile pour nous de convaincre nos partenaires potentiels de faire quelque chose d’imprévisible, nous devons trouver les personnes, celles prêtes à innover, alors même que nous n’avons pas le même niveau de budget que les grandes marques de luxe. »

Bien que les robes aient l’air assez fragiles, M. van As nous dit qu’elles ne le sont pas autant qu’elles peuvent paraître.

« Le génie d’Iris, c’est que ses créations sont toujours portables, elles sont techniquement conçues pour être délicates, mais elle réfléchit toujours à la manière de les mettre sur un cintre ou de cacher une fermeture à glissière… Il y a toujours une solution, un côté pratique car ces créations doivent être portées. »

Quelques robes présentées lors du show d’aujourd’hui.

Les robes « nuage » sont dotées d’impressions fascinantes, en plusieurs couches, qui créent des effets 3D (bien que rien ne soit imprimé en 3D, précise M. van As).

L’une des robes finales du défilé.

Cette robe est sculpturale mais aussi très pratique. C’est un effet obtenu grâce à la même technique que pour le cadre en métal découpé au laser dans la robe finale de la saison dernière (Syntopia), mais cette fois-ci, il est fait de PETG. M. van As nous dit qu’il a fallu beaucoup de recherches pour le trouver et obtenir ce même effet 3D. Ils ont également ajouté un dégradé de couleurs à travers le tissu. Cette robe seule a nécessité environ 2-3 mois de travail à la main pour quelques personnes.

Alors que nous passons à la robe finale du show, nous découvrons une robe composée d’environ 1 100 panneaux séparés. Rendue possible grâce à la conception assistée par ordinateur, la robe est composée de panneaux séparés découpés au laser, numérotés et montés à la manière d’un puzzle en 3D.

La robe finale, en cours de finalisation à l’atelier.

« Nous concevons en 3D, puis le logiciel le traduit en 2D, car les entreprises qui le découpent ont besoin de fichiers Illustrator. Nous les transformons nous-mêmes, il y a donc une innovation ici aussi. Iris reçoit les matériaux, puis elle décide quelles formes elle souhaite en faire. C’est une combinaison entre l’ordinateur et l’analyse du comportement du matériau sur un corps. C’est sûrement l’une des robes les plus spectaculaires. Les 1.100 pièces séparées sont appliquées à la main sur une structure de base. Ce serait beaucoup plus facile de pouvoir imprimer en 3D tout cela à la fois, mais ce n’est pas possible. C’est seulement du travail à la main. Il a même une doublure qui la rend confortable à porter. Cette robe s’animera également lorsqu’elle sera portée. Je pense que c’est aussi très important de comprendre qu’avec cette collection, le mouvement est très important. Au lieu d’utiliser nos vidéos habituelles, nous avons équipé le lieu du défilé avec des caméras en macro et en slow-motion. »

Une des robes les plus spectaculaires du spectacle (celle du haut de la photo), composée de panneaux multicouches imprimés de nuages, et la robe finale, composée de panneaux à motifs imprimés, appliquée à la main sur une base.

La robe telle qu’elle sera portée lors du défilé.

« Cette robe comporte des nuages imprimés en images de haute résolution sur les tissus, superposés pour obtenir un effet 3D, avec une impression 3D multidimensionnelle de de nébuleuses. Nous sommes en train de finaliser les robes… » conclut M. van As.

Inutile de dire que nous avons hâte de voir l’ensemble de la collection en mouvement !

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