Binge Shopping | Comment les applications de personal shopping s’inspirent de Netflix

temps de lecture: 8 mn

Du fait de l’avancée de la société de consommation, les habitudes de consommation des personnes ont évolué. En effet, non seulement ils achètent et consomment plus, mais ils réclament de la vitesse. Ceci justifie l’apparition de l’anglicisme « binge » dans de plus en plus de cas. Celui-ci n’est plus restreint au simple « binge drinking » (i.e. tournée des bars), mais étendu au « binge watching » pour les séries télévisées ou encore au « binge shopping ». Par ailleurs, les gens exigent de la simplicité dans leur quotidien : ils refusent de pâtir de contraintes et souhaitent se débarrasser de tout ce qui pourrait se trouver sur le chemin de l’accès à ce qu’ils désirent. En réponse à cela, Netflix a créé une sorte de système de speed-dating avec le contenu audiovisuel où les gens ont un accès illimité à leurs séries préférées, et peuvent choisir quoi regarder en bénéficiant d’un algorithme qui sélectionne pour eux des propositions, et ce sans aucune contrainte d’achat ou de publicité.  Alors, pourquoi pas pour la mode ?

UN SPEED DATING VESTIMENTAIRE

Récemment, deux nouvelles applications faisant office d’assistants shopping, visant à aider à trouver le vêtement idéal. D’une part, Mona, qui repose sur un système de « personnalisation, simplification et agrégation », où les consommateurs saisissent des informations à propos de leurs préférences et Mona leur répond avec des propositions. Mona joue aussi le rôle de l’assistant personnel car cette application a la possibilité de par exemple rappeler à son utilisateur d’acheter de nouvelles chaussures de sport. D’autre part, Fynd, où les gens doivent sélectionner différents mots pour décrire ce qu’ils veulent et ensuite choisir ce qui correspond le mieux à leurs attentes. Ces deux applications facilitent la simple action d’acheter car elles redirigent automatiquement leurs consommateurs vers des plateformes d’achat.

Ces applications ont toutes les deux pour objectif de trouver l’adéquation parfait entre les consommateurs et les vêtements, et ce grâce à la capacité de l’application de connaître et comprendre son utilisateur. En effet, ces applications utilisent la data intelligence de manière à obtenir à chaque fois une meilleure connaissance de ses utilisateurs. Telles de réels êtres humains, les applications bénéficient de chaque nouveau contact avec l’utilisateur pour mieux le connaitre. Ici, on ne peut s’empêcher de noter que les créateurs de l’application tentent de copier des comportements humains dans le fonctionnement de leurs productions.

Cependant, plus que simplement remplacer l’interaction habituellement acheteur-vendeur par un système de sélection très précis, le but de ces applications est de se libérer des contraintes qui peuvent faire obstacle au système d’achat. Les personnes n’ont plus besoin d’aller d’un magasin à un autre, de dialoguer avec des vendeurs qui peuvent leur faire perdre leur temps et ainsi s’épargner beaucoup de désagréments. Mais plus important encore, les consommateurs n’ont plus besoin de réfléchir car Mona et Fynd le font à leur place. Si les applications apprennent suffisamment bien à connaître leurs utilisateurs, les habits proposés répondront précisément à leurs attentes et ils n’auront qu’à dégainer leur carte de crédit. Un autre exemple est celui des Galeries Lafayette avec son nouveau service Monsieur Lafayette. Après s’être enregistrés et avoir donné plusieurs informations à propos d’eux-mêmes, les hommes recevront un colis avec des propositions vestimentaires. S’ils les aiment, ils peuvent conserver et acheter les vêtements ; le cas échéant, ils pourront les renvoyer. Le speed dating avec les vêtements semble être le futur des achats.

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UN TOUT NOUVEAU SYSTEME DE VENTE ?

L’apparition de ces applications soulève le problème de l’évolution du système de vente. Avec le progrès du digital et tous les avantages apportés par les nouvelles technologies, des changements doivent être effectués dans le champ de la vente de manière à suivre le rythme du nouveau style de vie des consommateurs. Trois éléments tendent à façonner la nouvelle expérience de vente, et Mona et Fynd incarnent ce changement. Premièrement, les gens veulent accéder à leurs services à tout moment. Avec l’expansion globale des smartphones, tablettes ou même des ordinateurs, les consommateurs ont quasiment obtenu un accès 24h/24 à tous les services possibles, et les achats n’y font pas exception. Deuxièmement, les consommateurs affectionnent tout particulièrement la simplicité et apprécient d’éviter tous types de complications. Dès lors, ils donnent de plus en plus d’importance aux applications qui prennent en charge tous les désagréments à leur place. Troisièmement, même s’ils s’habituent à communiquer via Internet ou toute autre réalité virtuelle, ils ne veulent pas sacrifier leurs exigences en termes de personnalisation du service. Ainsi, ils attendent de tous les services d’achat d’offrir des réponses satisfaisantes à leurs demandes. Trois éléments qui sont mis en exergue par le concept-même de Mona, qui se définit comme « une expérience similaire à celle d’une conciergerie pour des consommateurs en quête de recommandations de qualité quant à quoi acheter ». L’objectif est de donner aux utilisateurs l’impression qu’ils sont presque en train de parler à des vendeurs, à des personnes aptes à les conseiller. Ceci explique le développement des messages instantanées entre les marques et les consommateurs, où ces derniers entrent en contact avec les marques grâce à une interface virtuelle. Pourquoi ces interfaces copient les interactions humaines? Peut-être parce que même si le digital et les nouvelles technologies s’étendent, les gens ne peuvent s’empêcher de penser que les interactions humaines sont plus efficaces.

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Le fait que ces applications permettent d’introduire subtilement du push marketing demeure également intéressant. En effet, sous couvert de donner aux consommateurs des conseils, Mona et Fynd poussent à la consommation en suggérant différents vêtements. Le push marketing fonctionne grâce aux différentes réponses fournies par l’application qui visent à être aussi larges que possible, mais aussi par sa capacité à tracer les besoin des consommateurs durant leur utilisation et ensuite par message. Ce qui semble plutôt insidieux est que la connaissance de ses utilisateurs par l’application évolue et s’améliore avec chaque interaction. Paradoxalement, ceci n’est pas en faveur des consommateurs mais à l’inverse aide l’application à mieux les « piéger ». Ces applications, même si elles semblent rendre tout plus facile pour l’utilisateur, sont en réalité des moyens très exacts de pousser les gens à dépenser de l’argent. Et il n’est que logique que ces assistants personnels de poche proposent à ses utilisateurs une manière facilitée d’acheter les objets suggérés.

Ces deux applications sont des machines de guerre pour encourager les gens à consommer et acheter. Elles sont fondées sur deux techniques différentes aspirant à convaincre les utilisateurs. D’une part, Mona et Fynd sont créées pour copier et imiter les interactions humaines. Ainsi, elles gagnent la confiance de leurs utilisateurs qui se sentent bien, ont l’impression d’être bien pris en charge et de mieux en mieux compris. L’aspect humain séduit les utilisateurs. D’autre part, la partie informatique est faite pour être effective. Le robot caché derrière ces applications est data intelligent et profite de la confiance des gens pour améliorer ses suggestions et augmenter la consommation. Donc, les applications de personal shopping semblent être une potentielle réussite pour le binge fashion.

 

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