Stephanie D’heygere, Lauréate du Prix Accessoires de Mode de l’ANDAM

Ou l'art d'accessoiriser l'accessoire de mode

in brief

Dans le cadre de notre partenariat avec l’ANDAM, nous avons rencontré Stephanie D’heygere, créatrice de la marque d’accessoires D’heygere et Lauréate du Prix Accessoires de Mode ANDAM 2018. Nous avons parlé de comment donner une nouvelle vie aux vêtements et de comment trouver l’inspiration dans notre quotidien.

Après avoir travaillé comme créatrice d’accessoires pour de grands noms tels que Dior ou Martin Margiela, Stephanie D’heygere a décidé de créer sa propre marque. Alors qu’elle y pensait depuis des années, la créatrice a attendu de trouver les bons fournisseurs avec qui travailler avant de se lancer en janvier 2018 avec son premier showroom. Son idée est simple, mais efficace : elle veut créer des pièces originales et utiles à partir d’objets ordinaires. Le résultat est génial lorsque l’on considère certaines pièces telles que la banane créée à partir d’une manche de chemise ou encore le bracelet-gants. Pour Stephanie D’heygere, c’est le design qui est crucial – elle veut que son produit soit beau, certes, mais elle pense qu’il serait dommage qu’il ne soit pas aussi utile. C’est justement cela qui est au coeur de sa collection.

La fameuse manche de chemise détournée en banane. Campagne AH 18, photographiée par Arnaud Lajeunie ; looks réalisés par Ursina Gysi.

Pour la créatrice, l’enjeu aujourd’hui demeure de redonner de la valeur aux choses que l’on achète. A l’heure de la fast fashion où les prix sont écrasés et l’hyper-consommation encouragée, il existe un problème essentiel au niveau de la quantité de vêtements que nous achetons. En lançant sa nouvelle marque, D’heygere avait bien compris que les consommateurs ont plutôt tendance à acheter des produits de marques connues, et qu’il faut dès lors apporter davantage de valeur à ces pièces pour qu’elles se différencient. Cette différenciation restant essentielle dans le cadre de l’acte d’achat d’une pièce de jeune créateur.

« Qu’est-ce que je vais faire de toutes ces vêtements qui ne m’ont rien coûté ? Je ne vais pas les vendre car ils ne valent presque rien et je ne vais pas non plus les porter car ils ne sont plus à la mode. Je ne peux pas non plus les jeter. »

Selon Stephanie, une des solutions à ce problème est l’upcycling ; c’est à dire transformer et réutiliser de vieilles matières ou produits dont on ne se sert plus. Mais pour l’instant, D’heygere est confrontée à la difficulté de devoir envoyer aux consommateurs exactement ce qu’ils avaient commandé lors de leur visite au showroom. Dès lors, il est encore difficile de considérer véritablement l’upcycling, si la marque doit répondre à des demandes précises. Cependant, la créatrice qualifie elle-même son travail actuel de fake upcycling car au lieu d’utiliser des vêtements déjà existants, elle donne une nouvelle vie à ceux-ci. C’est le cas avec la manche de chemise utilisée pour réaliser une banane, ou encore les billets de banque et les cigarettes transformés en colliers et boucles d’oreilles. D’heygere sait comment réinterpréter le quotidien.

Le bijou transformé en pièce personnalisable, ici on peut y insérer un billet de banque, une fleur ou encore une cigarette. Campagne AH 18, photographiée par Arnaud Lajeunie ; looks réalisés par Ursina Gysi.

Malgré une vision très innovante du design, D’heygere considère la question de l’innovation des matériaux avec précaution. En effet, bien qu’elle soit consciente de la nécessité d’investir dans l’innovation, elle n’est pas encore sûre que ce soit exactement ce que recherche le consommateur.

« Comme tout ce qui est nouveau, l’innovation en termes de matériaux peut faire peur. Est-ce que c’est plus cher ? Doit-on faire plus de quantités ? Le client va-t-il aimer ? »

Elle regrette aussi profondément le manque d’information concernant les nouveaux matériaux et leurs impacts. Lorsque l’on crée une nouvelle marque, il y a un véritable challenge à trouver des fournisseurs et des ateliers avec lesquels travailler. Par conséquent, il lui apparait encore plus difficile de rencontrer des personnes suffisamment compétentes sur ces sujets. Pour l’instant, elle préfère donc faire grandir sa marque et la consolider avant de s’attaquer à de nouvelles difficultés.

Campagne AH 18, photographiée par Arnaud Lajeunie ; looks réalisés par Ursina Gysi.

Mais Stephanie pense déjà à l’avenir de D’heygere et elle présentera sa nouvelle collection en janvier prochain. Elle est très reconnaissante de ce que l’ANDAM et ce prix lui ont apporté, comme le mentorship de Swarovski ou encore la possibilité de suivre le parcours entrepreneurial de l’IFM.

« Ce n’est pas seulement l’argent, c’est aussi apprendre et être bien entouré. L’ANDAM a été l’occasion de rencontrer des personnes très intéressantes et d’apprendre d’eux. »

Elle espère que bientôt elle pourra proposer tout type d’accessoires. Elle pense tout particulièrement aux chaussures et aux chapeaux et aimerait mettre l’accent sur l’artisanat et les produits traditionnels tels que les éventails.

Ne ratez pas les prochaines collections de D’heygere, allez jeter un oeil à son site et son compte Instagram. Pour acheter ses pièces, visitez sa stockists liste.

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