Palettes de tendances : sociologie de surface et sociologie complexe

Mode Masculine : Le Récap de Manon | Jour 5

in brief

Palette entre rose dragée et bleu layette. Workwear en coton doté de grandes poches obliques. Costumes légers et chaussures de randonnées à lacets. Impairs fins en seersucker. Divers vêtements dont la mise en texte sera upcyclée, répétée, brancardée, dans les articles tendances et les séries modes. Une peur fait cependant surface : quelle durée de vie médiatique pour ces nouvelles propositions textiles ?

Les tendances ne seraient plus durables. Instagram les rend obsolètes en moins de deux : la viralité des médias tend à vider la notion de tendance de toute son substrat sociologique (et donc du temps long ?). 

La mode est plus qu’une compilation de tendances qu’il incombe aux médias d’édifier. Elle n’est pas que conseil. D’ailleurs la formule ne prend plus. La mode est un reflet. Reflet de nous, de la société, de nos peurs, de nos pratiques, de nos espoirs. Si les photos se diffusent sur Instagram à la vitesse de la lumière (celle de la fibre optique), certaines restent dans la mémoire et deviennent des tendances durables.

Si les magazines sont devancés par les réseaux, c’est peut-être que l’heure a sonné pour rétablir du temps long dans les discours médiatiques ?

Une interprétation des Masculinités, par Thom Browne. Photo : Eva Al Desnudo

Pour cette 5e journée, il faudrait rappeler que la mode produit des imaginaires sur les identités : de genres, de classes, de races. Chez Thom Browne, un nouveau jeu sur les tropes féminines et masculine s’est mis en scène. Un ballet où Marie-Antoinette, incarnation du style français (qui en son temps établit un système de mode à l’aide de Rose Bertin – dite Ministre des Modes), rencontre le quarterback musclé d’une équipe de Baseball. La virilité comme idéal est critiquée. Encore une fois c’est la ritournelle de la sensibilité masculine qui est en jeu. Elle se lit dans la collections de Sies Marjan ou Lazoschmidl. Les imprimés floraux envahissent les podiums, où les hommes comme les femmes portent des couleurs bleu ciel, vert d’eau, des tenues moulantes et des sous-vêtements devenus vêtements. Une fois de plus, cet imaginaire refait surface et permet de mettre en avant une ligne de cette fashion week qu’il faudra explorer en écho avec différents circuits sociétaux. Le problème n’est pas le même partout. La sensibilité masculine est-elle typiquement liée à l’homme post #MeToo ? Les cercles restent multiples, complexes. Ils se superposent. Si la mode se répète, elle n’est jamais la même pour les publics.

The Dude says… Références à The Big Lebowski chez Sacai. Photo : Julien Tell.

Si la mode est industrie, elle est aussi pratique sociologique. La sociologie des imaginaires est sans doute l’une des plus révélatrices : l’oeuvre de Gilbert Durand est une lutte pour rétablir une étude de l’imaginaire, alors que les intellectuels restent iconoclastes. L’imaginaire systémique de la virilité est venu se dire en ce jour. Les motifs trompes l’oeil, quant à eux montrent que nos représentations ne sont que des constructions culturelles : ils sont présent chez Sacai.

L’imaginaire se conçoit également dans le cadre de nouveaux systèmes de production. Si les fleurs étaient présentes chez Andrea Crews, elles font partie du cadre d’un récit différent face aux fleurs qui occupaient les panier Vuitton quelques jours auparavant. Maroussia Rebecq lance le label collectif Andrea Crews en 2002 : il s’agit d’un modèle d’imagination militante, qui intègre le concept désormais incontournable de l’ « upcycling ». Il est ancré dans l’ADN de la marque, qui pour cette saison réaffirme son positionnement au travers d’une ode à l’art de la récupération. Une pratique de toujours, une négociation de l’obsolescence qui est une obligation quand les poches sont vides. La collaboration avec Le Bon Coin tisse du lien social.

Meilleur pied de nez au faux débat du « See Now Buy Now » ?

À un instant où l’imaginaire d’une élite qui fantasme sur la « campagne », Rebecq tente de créer du lien avec des imaginaires auxquels la mode parisienne ne s’adresse que peu. La collection est d’ores est déjà disponible (voire sold out) sur le site entre des matelas, commodes Louis XIV et autres motocyclettes. Intitulée Momentum, la collection présente des pièces tye & dye dragée, des imprimés floraux : des imaginaires des masculinités, qui mis en image dans de nouveaux lieux comme Le Bon Coin prennent une nouvelle fonction. 

« La Larme Verte », compte instagram et mouvement lycéen né et inspiré par le combat de Greta Thunberg, habillait le visage des jeunes mannequins, tous recrutés dans la rue.

Fashion Activist, comme elle se définit elle-même, Andrea Crews, l’ « Oracle Gaie Sans Genre ni Maître » (formule empruntant à l’Anarchisme Féministe son fameux « Ni Dieu, Ni Maître, Ni Mari ») s’inspire pour Momentum du combat de Greta Thunberg et de ses désormais nombreux camarades collégiens et lycéens du monde entier pour sauver se ré-approprier leur futur

Découvrez le manifesto Andrea Crews rédigé en collaboration avec Futur404.

Que les amateur.ice.s d’articles tendances se rassurent : la mode image qui procure le rêve et offre la fantaisie s’inscrit dans des processus bien plus profonds et durables qu’Instagram.

Le tout est de prendre le temps de les déconstruire. 

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