Art & IA : le début de premières œuvres majeures

Ronan Barrot and Robbie Barrat : beyond speculation, the first relevant collaboration between AI and Contemporary painting

temps de lecture: 4 mn
in brief

A seulement 19 ans, Robbie BARRAT est actuellement à la pointe de la recherche artistique qui interroge les interactions entre les hommes et les machines, poursuivant un chemin ouvert avant lui par Vera MOLNAR, de Manfred MOHR ou plus récemment par Mario KLINGEMAN.

Pour sa première exposition organisée par Avant Galerie Vossen à Paris, Robbie BARRAT a collaboré avec le peintre français renommé Ronan BARROT, représenté par la non moins respectée Galerie Claude Bernard.

Dans le cadre de cette collaboration, Ronan BARROT a accepté de peindre plus de 500 crânes, orientés de façon similaire, sur des petites toiles de taille identique, travaillant avec une grande diversité de matière et de couleurs. Le peintre peint en réalité ce type de crâne depuis bien longtemps : après avoir fini un plus grand travail, il a pris l’habitude de les peindre pour lui-même, en utilisant son reste de peinture.

Robbie BARRAT a ensuite entraîné une intelligence artificielle sur la base de ce “dataset” unique créé par le peintre : les algorithmes, également connus sous le nom de Réseaux Antagonistes Génératifs (ou en anglais : GAN), ont ainsi construit leur propre compréhension de ce qu’une « peinture d’un crâne » devrait être et ne pas être, et sont devenus capables de générer des crânes de manière infinite, et à la demande. Aujourd’hui, il existe même un néologisme pour ce processus artistique : le GANisme.

Les deux artistes se sont accordés sur un nombre limité d’œuvres uniques produites ensemble, 100 environ, avec des critères purement esthétiques. Ils ont ainsi formé des diptyques ou des triptyques composés à la fois de peintures “traditionnelles” sur toile, associées à des crânes générés par ordinateur, imprimés sur du plexiglas résistant aux UV.

Lorsque ces tryptiques étaient formés, Ronan BARROT ré-intervenait parfois sur les crânes générés par ordinateur, comme s’il souhaitait que la main humaine puisse ponctuellement avoir le dernier mot dans ce dialogue. Dans certaines œuvres à l’inverse, l’Intelligence Artificielle constituait une source d’inspiration supplémentaire pour les peintures de BARROT.

En entrant dans l’espace d’exposition, nous nous retrouvons entourés de crânes, partout, dans toutes les directions. Proposant un contre-chant numérique aux peintures, un ordinateur dernier cri est installé dans un coin de la pièce, connecté à un écran CRT. Toutes les minutes, il génère sans relâche un nouveau crâne éphémère, nous questionnant de fait sur la puissance évocatrice de ces natures mortes, lorsqu’elles sont générées sans effort par des machines inaptes à l’émotion. En entrant dans la seconde salle, une autre installation permet au spectateur de générer son « crâne personnel » temporaire et de l’admirer, avant qu’il ne disparaisse pour l’éternité 10 secondes plus tard.

La vanité, représentation allégorique de la mort, de la brièveté et de la vacuité de l’existence humaine, est un sujet de représentation et de réflexion éternel pour les peintres. En effet, il suscite souvent des réflexions introspectives voire métaphysiques, tant pour l’artiste que pour son public.

De même, l’intelligence artificielle (IA) n’est pas un domaine nouveau. Certaines recherches remontent aux années 1940. Cependant et pour de multiples raisons, ses applications concrètes sont désormais en forte croissance dans notre monde, tout comme l’intérêt du monde de l’art pour ce domaine pointu de l’informatique. En octobre 2018, une œuvre générée par l’intelligence artificielle créée par le collectif OBVIOUS et largement inspirée des recherches et des algorithmes de Robbie BARRAT a été vendue à Christie’s pour un montant considérable de 432 000 $.

Mais au-delà de la spéculation du second marché, au-delà des applications parfois trop premier degré de nouvelles technologies et de nouveaux procédés dans l’art, au-delà même des frontières de «l’Art Numérique», BARRAT et BARROT nous ont, avec « Infinite Skulls » invités à être témoins d’une synergie sans précédent où seules l’émotion prévaut.

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